Somalie, 1993

Somalie, 1993
AprĂšs-Coup
Somalie, 1993

Aug 11 2026 | 01:19:21

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Episode 110 ‱ August 11, 2026 ‱ 01:19:21

Show Notes

Aurait-on pu prĂ©dire que la mort de Shidane Arone sur la base militaire canadienne de Belet Huen en 1993 aurait entraĂźnĂ© le dĂ©mantĂšlement du RĂ©giment AeroportĂ© et le rapport d'une commission d'enquĂȘte intitulĂ©: Un hĂ©ritage dĂ©shonnorĂ©. Les leçons de l'affaire somalienne ?

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[00:00:01] Speaker A: Aurait-on pu prĂ©dire que la mort de Sheedan Haron sur la base militaire canadienne de Bellet, U.N. en 1993 aurait entraĂźnĂ© le dĂ©mantĂšlement du rĂ©giment aĂ©roportĂ© et le rapport d'une commission d'enquĂȘte intitulĂ©e «Un hĂ©ritage dĂ©shonorĂ©, les leçons de l'affaire somalienne». Vous Ă©coutez AprĂšs-Coup. [00:00:45] Speaker B: Alors on s'est lancĂ© dans l'exploration de ce qui s'est passĂ© en Somalie en 1993, ce qui nous a amenĂ© dans un Ă©tat d'esprit, comment le qualifier? [00:01:00] Speaker A: Je me sens trĂšs fĂ©brile pour une raison qui m'Ă©chappe. [00:01:04] Speaker B: Oui, puis on dirait que, comparativement Ă  d'autres fois, c'est important de mettre des dates prĂ©cises, d'avoir les bons noms. Puis on dirait qu'il y a tellement d'infos un peu Ă©parpillĂ©es, puis des choses qui manquent, que t'as comme un Ă©lan de dire, non, non, c'est pas ça qui est arrivĂ©, c'est ça qui est arrivĂ© Ă  telle jour, telle date. [00:01:20] Speaker A: Oui, exactement. Puis mettons de l'ordre lĂ -dedans un peu. Oui. [00:01:24] Speaker B: Entre autres, mais je pense que la raison pourquoi c'est comme ça aussi, c'est que les images ou le scandale, qui finit par sortir dans les journaux au Canada, ce n'est que la pointe du iceberg. C'est juste des petits dĂ©tails qui fusent. Quand c'est juste ça que tu connais, bien lĂ , tu as quelques images, tu as une idĂ©e un peu de ce qui s'est passĂ©, mais tu n'as pas de contexte, puis tu n'as pas de nuances, puis tu n''as pas une comprĂ©hension de qui est qui. Ça amĂšne comme une espĂšce de frustration de dire non, mais ce n'est pas ça qui est arrivĂ©, c'est plus compliquĂ©. Bref, ça nous met dans cet Ă©tat-lĂ . [00:02:02] Speaker A: La premiĂšre image qui est au cƓur du scandale, c'est une photo qui a Ă©tĂ© prise par un soldat canadien sur la base de Belet Uen, d'un jeune Somalien, dont on apprend par la suite qu'il a 16 ans et qu'il s'appelle Shidan Aron. Donc, c'est quelqu'un, c'est pas juste un anonyme, c'est quelqu'un qui a un nom. Donc, une photo prise de ce jeune homme-lĂ  aprĂšs qu'il ait Ă©tĂ© torturĂ© par le soldat qu'on voit sur la mĂȘme photo, qui tient une arme Ă  sa tĂȘte. Et donc, c'est une image extrĂȘmement choquante. qui a fait les manchettes et qu'on a vues et qu'on aura vues pendant toute cette pĂ©riode-lĂ , dans les annĂ©es 90, oĂč il y a une commission d'enquĂȘte qui a... dĂ©coulĂ© de ce scandale-lĂ , pour savoir qu'est-ce qui s'Ă©tait passĂ© exactement. Fait que si tu permets, j'aimerais juste qu'on commence en situant gĂ©opolitiquement, c'est quoi, en fait, cette mission-lĂ ? dans quel contexte est-ce qu'une telle aberration apparente a pu se produire? Puis qu'aprĂšs, on en parle dans des dĂ©tails plus spĂ©cifiques. Juste parce qu'on l'a vĂ©cu, cette pĂ©riode-lĂ . On est en 1992. Ça veut dire, ça, c'est trois ans aprĂšs la chute du mur de Berlin. L'URSS est en train de s'effondrer. Dans la foulĂ©e, il y a plusieurs missions qui ont Ă©tĂ© organisĂ©es par l'ONU sous l'Ă©gide en particulier des États-Unis, l'impulsion des États-Unis de la France, de la Grande-Bretagne. la Bosnie-HerzĂ©govine. Un peu plus tard, Ă  peine, on met dans la mĂȘme pĂ©riode le Rwanda dont on a aussi parlĂ©. On envoie des casques bleus pour soit maintenir la paix selon le chapitre 6 de la DĂ©claration universelle des droits de l'homme, soit pour imposer la paix selon le chapitre 7 de la DĂ©claration universelle des droits de l'homme. C'est pas la mĂȘme chose. En Somalie, c'est le dĂ©sordre absolu, c'est le chaos. Il y a des guerres, on appelait ça des guerres de clans, mais en fait c'est des luttes acharnĂ©es pour s'accaparer le pouvoir qui a Ă©tĂ© accaparĂ© par quelqu'un qui s'appelle Mohamed HaĂŻdid. juste aprĂšs la chute de l'homme fort qui avait rĂ©gnĂ© sur la Somalie sous le protectorat de l'URSS, donc il y a une sorte de poach et puis aprĂšs ça il y a une guĂ©rilla, c'est l'anarchie. Et parce que c'est l''anarchie, l'aide humanitaire ne se rend pas aux populations qui sont mises en Ă©tat de famine. Alors nous, ce qu'on voit avant que le rĂ©giment aĂ©roportĂ© se rende lĂ , c'est des femmes, des enfants qui crĂšvent de faim en Somalie. La mission est motivĂ©e par des bonnes valeurs, une empathie internationale. [00:05:42] Speaker B: Ce qui n'est pas nĂ©cessairement l'Ă©quivalent d'une fine connaissance internationale. Tu peux ĂȘtre empathique sans savoir dans quoi tu t'embarques. [00:05:55] Speaker A: Exact. C'est pour ça que je dis que des troubles en Somalie dĂ©coulent de la chute de l'empire de l'URSS. C'est un pays communiste, ça faisait partie du Bloc de l'Est avant que l'URSS s'Ă©croule. Mais l'Ă©croulement de l'URSS, ça signifie la fin du commerce avec l'URSS, Ce qui veut dire que lĂ , toutes les infrastructures, tout ce qui fait tenir une sociĂ©tĂ© est effondrĂ© sans dessus dessous. LĂ , il n'y a plus de loi. Et lĂ , il y a des gens qui veulent s'accaparer le pouvoir. Et ce que ça veut dire aussi, c'est que les gens qui veulent s''accaparer le pouvoir n'Ă©tant pas nĂ©cessairement des humanistes, les populations, c'est comme le cadet de leurs soucis. Et les soldats ont vu des choses. Maintenant, on a des tĂ©moignages. Les soldats ont vu des choses en Somalie traumatisantes pour eux, mais qui sont inqualifiables. Et des choses qui ont Ă©tĂ© faites par des Somaliens Ă  des Somaliens. C'est important de le mettre en contexte parce qu'on envoyait des gens, des soldats, des militaires, aider des populations sans qu'ils aient de comprĂ©hension de l'univers dans lequel ils allaient arriver. Et c'est vrai des soldats canadiens, mais c'est vrai de tous les soldats qui Ă©taient lĂ . Les AmĂ©ricains, les Pakistanais, les Malaisiens, les Indiens, tu sais, il y avait du monde, lĂ , d'un peu partout. [00:07:36] Speaker B: C'est une des choses qui m'a frappĂ©e en commençant Ă  explorer ce cas-lĂ , c'est que... Les gens qu'on a envoyĂ©s lĂ -bas, en Somalie, ne connaissaient rien de la Somalie. Vraiment trĂšs limitĂ©s. Mais les gens, aprĂšs coup, qui ont parlĂ©... des soldats qui sont allĂ©s en Somalie ne connaissaient rien de l'armĂ©e. Puis finalement, de fil en fil, souvent, les gens n'ont aucune idĂ©e de comment ça fonctionne. Un commando, une sociĂ©tĂ© comme ça qui se fiait Ă  l'URSS qui est plus lĂ . Toute la comprĂ©hension des structures qui touche ça. À chaque fois, les gens, c'est de... C'est d'ignorance en ignorance, dans un sens. [00:08:26] Speaker A: C'est que d'Ă©tape en Ă©tape, c'est de plus en plus loin de la rĂ©alitĂ©, en fait. De rĂ©cit en rĂ©cit, les faits se diluent. [00:08:34] Speaker B: Oui. Mais tu crois que ça, toi... Je suis loin de repartir. Mais en mĂȘme temps, ça parle du sujet. Parce que l'ignorance qui va... qui va se dessiner un peu partout, ça vient colorer beaucoup, ce cas-lĂ , en fait. C'est vraiment... On savait pas qu'est-ce qu'on allait faire lĂ -bas, on s'en allait pas, on Ă©tant les Canadiens, dans quoi on s'embarquait. Mais bref. Moi, tu sais, souvent, depuis que je suis tout jeune, lĂ , quand... Parce que moi, j'ai Ă©tĂ© amenĂ© Ă  visiter des musĂ©es de force, lĂ . Puis... [00:09:07] Speaker A: C'est bien. [00:09:08] Speaker B: Moi, non, pas toujours, je trouve. Parce que souvent, dans les musĂ©es, pas toujours, mais souvent, il y a... On prĂ©sente quand mĂȘme une certaine version lisse et officielle des choses. [00:09:19] Speaker A: Oui. [00:09:19] Speaker B: Puis, pour diffĂ©rentes raisons qui ne sont pas opportunes d'explorer, moi, j'ai tout le temps Ă©tĂ© attirĂ© par moi, mais c'Ă©tait comment dans la vraie vie? C'Ă©tait comment pour vrai? Parce qu'on peut se dire, regarde, tel bataillon arrive sur un champ de bataille et les courageux affrontent les mĂ©chants. Et lĂ , on voit le feu, mais on voit ici le gĂ©nĂ©ral qui a gagnĂ© et qui a fait la paix. Mais tu sais, dans la vraie vie, c'Ă©tait comment les soirs, comment ça se passait? C'est quoi le dĂ©couragement Ă  un moment donnĂ©? [00:09:50] Speaker A: Comment il fait chaud. [00:09:52] Speaker B: À un moment donnĂ©, c'est NoĂ«l, tout le monde arrĂȘte de se battre et boit ensemble. C'est quoi cette histoire? Moi, j'Ă©tais tout en ces affaires-lĂ  un peu. Tu parlais tantĂŽt de l'ex-Yougoslavie, puis c'est donc quelques annĂ©es aprĂšs que les États-Unis Ă©taient intervenus Ă  Belgrade et tout ça. C'est un exemple de moi de vraie vie qui m'a interpellĂ©. Il paraĂźt que quand Bill Clinton s'est rendu Ă  Belgrade pour essayer de prouver que les États-Unis allaient intervenir, Quand il est entrĂ© dans les Air Force One, dans l'avion, on lui a refilĂ© un petit livre qui Ă©tait quasiment l'ex-Lugosiavit pour les nuls. C'est un petit livre. [00:10:37] Speaker A: Mais... Ici, on mange de... Ouais, puis [00:10:40] Speaker B: qu'est-ce qui s'est passĂ©? Il y a 150 ans, c'Ă©tait telle affaire, puis lĂ , voyons, moi, je suis... [00:10:45] Speaker A: La reine utile, ouais. [00:10:47] Speaker B: Mais puis, moi, je vois pas comment ça pourrait ĂȘtre autrement. Je veux dire, je vois pas en quoi on s'attendrait Ă  ce que des politiciens aient une comprĂ©hension fine de tous les pays dans le monde par rapport Ă  leur histoire, puis comment ça fonctionne. [00:11:03] Speaker A: Sont tributaires de ceux qui leur racontent l'histoire. Sont tributaires du rĂ©cit qu'on leur fait. C'est comme ça, c'est par le rĂ©cit qu'ont leur fait qu'ils comprennent les situations. [00:11:12] Speaker B: Oui, puis dans une mentalitĂ© parfois... d'ĂȘtre concis, le rĂ©cit qu'on leur fait. C'est Reagan qui disait ça, il voulait que ça se tienne sur un petit carton 8 par 14. Un carton 8 par 14, ça veut dire c'Ă©tait comme ça avant, c'est comme ça maintenant, nous avons trois options et je choisis la deuxiĂšme, c'est celle qui est soulignĂ©e. [00:11:34] Speaker A: rĂ©introduire du contexte, c'est pour contrer ça, parce que ça, ça rend difficile la comprĂ©hension de comment les choses se sont passĂ©es, en fait, et pourquoi les choses se sont passĂ©es comme elles se sont passĂ©es. Entre autres, c'est-Ă -dire pour l'armĂ©e canadienne et pour tout le rĂ©giment aĂ©roportĂ© et pour toute la rĂ©putation de l'armĂ©e canadienne aussi. Parce que ça a eu des effets... massif, Ă©norme, Ă  plein de niveaux. [00:12:00] Speaker B: Puis oui, bon, puis c'est ça, parce que ce que j'allais dire aussi, c'est que, exactement, tu me ramĂšnes dans mon courant, c'est que le citoyen canadien, des fois qu'on dĂ©crit simplement comme Ă©tant les Canadiens, tu sais, c'est-Ă -dire les Canadiens c'est plein de petits citoyens, les Canadiens et Canadiennes, c'est plein de petits citoyens, mais eux sont un peu... On est un peu l'Ă©quivalent de Bill Clinton dans l'avion, si on est gĂ©nĂ©reux. C'est-Ă -dire qu'on voudrait que l'armĂ©e, ça se passe bien, on veut avoir une bonne rĂ©putation, mais la façon dont tout ça se passe, il y a-tu trois commandos, quatre commandos, c'est quoi? Pourquoi on envoie ceux qu'on envoie lĂ -bas? Personne ne se retrouve. [00:12:46] Speaker A: Oui, ça me fait penser qu'il y a une nouvelle mode dans le titrage des journaux. Et dans la prĂ©sentation de l'information, la nouvelle mode, c'est voici ce qu'il faut savoir de telle situation. Le titre, ça commence par voici. Puis la mode qui accompagne cette nouvelle mode, c''est de faire des infographies. Alors on va voir infographiquement pourquoi le coup de soleil te fait mal. Il y avait ça rĂ©cemment. Un coup de soleil, ça fait mal. Voici pourquoi. C'est qu'on ramĂšne Ă  la plus simple expression une situation ou une information pour qu'elle soit facilement digĂ©rĂ©e par un lecteur qui est un Canadien ou une Canadienne. [00:13:41] Speaker B: Qui a peu de temps et qui veut savoir l'essentiel. [00:13:49] Speaker A: Mais mĂȘme quand, Ă  l'Ă©poque, disons, t'Ă©tais un dĂ©voreur de nouvelles assidues, comprendre ce qui se passait, c'Ă©tait pas accessible, mĂȘme en fouillant, en lisant les articles plus de fond, les chroniques, c'Ă©tait pas facile parce que c'est Ă©minemment complexe comme situation et on ne peut pas la rĂ©sumer maintenant avec le recul de plus de 25 ans, 30 ans. On peut pas rĂ©sumer la situation qui a fait scandale, qui est Ă  savoir la torture et le meurtre de ce jeune homme-lĂ . On peut pas la rĂ©sumer Ă  une affaire d'un tortionnaire ou de deux ou de trois. T'sais, des pommes pourries dans un corps militaire qui autrement se porte bien. Il y a tout le contexte qu'il faut absolument comprendre, sinon ça fait pas de sens. [00:14:51] Speaker B: Oui, surtout que dans ce cas-lĂ , il y a la torture de ce jeune homme-lĂ , mais il y a aprĂšs ça, comment cette info-lĂ  a Ă©tĂ© divulguĂ©e, puis comment elle a Ă©tĂ© masquĂ©e, puis comment tout ça s'est dĂ©ployĂ©. Tout ça, ça parle, en fait, de l'institution militaire, mais du dĂ©partement de la DĂ©fense, des journalistes, des citoyens, de plein de joueurs, des forces qui agissent de diffĂ©rentes façons. [00:15:14] Speaker A: Puis c'est pour ça qu'on est fĂ©brile, peut-ĂȘtre. [00:15:16] Speaker B: Oui, c'est peut-ĂȘtre pour ça. [00:15:17] Speaker A: Par quel bout on prend ce problĂšme-lĂ ? Parmi les missions que l'ONU s'est donnĂ©, il y avait une mission de maintien de la paix en Somalie parce que les organismes d'aide humanitaire, les grandes ONG, se plaignaient que l'aide humanitaire se rendait pas chez les gens affamĂ©s et qu'il y avait une pression populaire trĂšs forte Ă  cause des images qu'on voyait de famine terrible Ă  ce qu'il se passe quelque chose. Et lĂ , il y a une intervention multinationales qui est organisĂ©e de maintien de la paix, dont l'objectif, c'est de favoriser l'acheminement des denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ© aux populations en dĂ©tresse. C'est-Ă -dire qu'il y a un dĂ©but de... Sauf que, et lĂ , c'est lĂ  qu'on dit au rĂ©giment aĂ©roportĂ©, qui est un rĂ©giment canadien de jeunes hommes, Ă  Petawawa, qui... C'est pas les forces aĂ©riennes. Moi, je pensais que je mĂ©langeais les deux. C'est pas les forces aĂ©riennes, le rĂ©giment aĂ©roportĂ©, c'est des parachutistes. C'est des soldats qu'on parachute. Eux, ils sont formĂ©s pour la bagarre. Ils sont formĂ©s pour la guerre. On leur dit, prĂ©parez-vous, on vous envoie dans une mission de maintien de la paix. Mais pendant le transport, ou juste avant le transport, ou en chemin, ou juste en arrivant, Ça a Ă©tĂ© changĂ©. La mission passe d'un maintien de la paix Ă  l'imposition de la paix, ce qui veut dire plus musclĂ©. [00:16:53] Speaker B: C'est ça. [00:16:54] Speaker A: On vient de s'imposer. [00:16:55] Speaker B: En anglais, c'est la diffĂ©rence entre peacekeeping et peacemaking. [00:16:58] Speaker A: Oui. [00:16:59] Speaker B: Pour le rĂ©sumer. [00:17:00] Speaker A: Oui. [00:17:01] Speaker B: C'est de la sĂ©mantique, mais ça fait toute une diffĂ©rence. Parce que dans un contexte de l'armĂ©e, On n'a pas ça dans la vie toujours, mais dans ce contexte-lĂ , ta mission, c'est ta ligne directrice. [00:17:16] Speaker A: Oui. [00:17:16] Speaker B: C'est quoi la mission ici? [00:17:18] Speaker A: On est lĂ  pour faire quoi? [00:17:19] Speaker B: On n'a pas toujours ça dans la vie. C'est quoi ta mission dans la vie? Non, mais lĂ , c'est quoi? Pourquoi t'es lĂ ? T'inquiĂšte, je chill. T'inquiĂšte. Oui, c'est ça. On pense Ă  nos ados. [00:17:35] Speaker A: C'est quoi ta mission dans la vie? [00:17:36] Speaker B: C'est quoi ta mission pour les prochains trois semaines? [00:17:38] Speaker A: OK, pour aujourd'hui. [00:17:41] Speaker B: C'est ça. [00:17:45] Speaker A: Mais tu vas envoyer un corps d'armĂ©e, un commando, des troupes dans un pays qu'il ne connaĂźt pas. À minima, tu vas lui dire on t'envoie lĂ -bas pour faire ceci. [00:17:59] Speaker B: Oui, mais est-ce que j'ai raison de penser que ce changement-lĂ  du chapitre 6 au chapitre 7, pour que ça soit lĂ©gal selon nos rĂšglements institutionnels, il faut que ça soit votĂ© au Parlement, ce qui n'a pas Ă©tĂ© le cas. [00:18:12] Speaker A: Je ne sais pas, je ne savais pas, mais ça ne m'Ă©tonnerait pas. [00:18:14] Speaker B: Moi, ce que j'ai entendu, c'est que ça a Ă©tĂ© fait vite fait, suite Ă  une conversation entre George Bush et Brian Mulroney. Ça a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©. Et c'est quand mĂȘme la sĂ©mantique, c'est-Ă -dire que ce n'est pas quelque chose, c'est quelque chose qui se passe bien, peacemaking, peacekeeping. Mais donc, ça n'a pas Ă©tĂ© discutĂ©, validĂ©, ce qui doit ĂȘtre fait quand c'est le chapitre 7. Mais ce n'est pas anodin parce qu'aprĂšs ça, toute l'entreprise, on en reparlera, mais de camouflage qui a pu ĂȘtre fait pour Ă©touffer l'affaire, c'est que ça reposait sur un vice de procĂ©dure initial. [00:18:47] Speaker A: Ah ben! [00:18:48] Speaker B: Donc qui amĂšne pas l'ouverture Ă  vouloir en parler pleinement. [00:18:54] Speaker A: Ah ben! Mais ce qui explique aussi peut-ĂȘtre en partie la rĂ©sistance l'annĂ©e suivante Ă  autoriser RomĂ©o Dallaire Ă  imposer la paix, alors qu'il frappait Ă  toutes les portes pour dire, il y a un gĂ©nocide qui s'en vient. C'est un an plus tard. [00:19:18] Speaker B: C'est vrai, c'est un an plus tard, c'est en 94. Quand mĂȘme. [00:19:24] Speaker A: LĂ , on s'est mis les pieds. avec nos petites fiches Ă©clairs, trois phrases pour rĂ©sumer la Somalie. On s'est mis les pieds dans un bourbier qu'on n'avait pas vu venir. Et c'est pas juste les Canadiens, c'est les AmĂ©ricains aussi. Ils en ont fait un film, la bataille de Mogadiscio. Non, je n'ai pas vu le film. On devrait le voir et en parler une prochaine fois. [00:19:52] Speaker B: Je suis sur le film. [00:19:53] Speaker A: Oui, mais je connais l'histoire. En travaillant, en prĂ©parant le podcast d'aujourd'hui, je suis tombĂ©e lĂ -dedans, entre autres choses. Ça vaut la peine de le garder en rĂ©serve puis de revenir dessus Ă©ventuellement parce que c'est un bourbier Ă©pouvantable. Finalement, tout le monde est parti de la Somalie du jour au lendemain quand Bill Clinton a dĂ©cidĂ© que c'Ă©tait fini aprĂšs la bataille de Bangladesh. Mais juste pour les situer, ceux qui sont Ă  la tĂȘte de cette mission-lĂ , c'est-Ă -dire celui qui insuffle l'Ă©nergie pour cette mission-lĂ  c'est le prĂ©sident amĂ©ricain qui est George Bush pĂšre en 1992. L'annĂ©e suivante, celui qui met fin Ă  la mission, c'est son successeur parce qu'il y a eu une Ă©lection prĂ©sidentielle qui explique peut-ĂȘtre aussi beaucoup de choses aux États-Unis. Donc, George Bush est rentrĂ©, Bill Clinton est sorti. Au Canada...— [00:20:53] Speaker B: Ah, c'est contraire.— [00:20:54] Speaker A: Non?— [00:20:56] Speaker B: George Bush est rentrĂ©, Bill Clinton est sorti. [00:20:57] Speaker A: et rentrĂ© en Somalie, je veux dire. George Bush a fait rentrer ses troupes en Somalie, Bill Clinton les a fait sortir. Donc, George Bush en premier, Clinton aprĂšs. En 92, au Canada, le premier ministre, c'Ă©tait Brian Mulroney. La ministre de la DĂ©fense, c'Ă©tait Kim Campbell, qui a Ă©tĂ© premiĂšre ministre du Canada pendant une seconde aprĂšs, et qui est disparue dans des autres fonctions ailleurs par la suite. En 93, c'Ă©tait Jean ChrĂ©tien. [00:21:27] Speaker B: Exact. Ça fait que c'Ă©tait vraiment dans une pointe jonctueuse aussi de changement de pouvoir. [00:21:31] Speaker A: Oui. Ceux qui sont restĂ©s entre l'entrĂ©e et la sortie, c'est John Major, le Britannique, Helmut Kohl, l'Allemand. Lui, en tout cas, lui aussi, il compte dans toute cette pĂ©riode-lĂ  des annĂ©es 90, et François Mitterrand. [00:21:47] Speaker B: OK. [00:21:50] Speaker A: Bon, pour les Canadiens et les AmĂ©ricains, il y a un changement qui est dĂ» au changement de garde politique. [00:21:58] Speaker B: Toi aussi, c'est juste pour en rajouter au niveau de tous les acteurs qui viennent avoir de l'importance lĂ -dedans, t'as lĂ  aussi le ministre de la DĂ©fense... David Colonette. Oui, mais il y en a plusieurs en l'espace de peu de temps. [00:22:16] Speaker A: Oui. [00:22:17] Speaker B: Je pense qu'il y en a quatre en l'espace d'un an et demi. [00:22:19] Speaker A: Ah oui. Ah oui. Kim Campbell au dĂ©but, Ă  la fin c'Ă©tait David Colonnette. [00:22:25] Speaker B: Oui. Mais tu en as eu deux autres en tout cas, on pourrait vĂ©rifier. Mais pour dire que ça aussi ça... ça vient colorer comment on raconte l'histoire, puis comment, Ă  un moment donnĂ©, quelqu'un peut arriver en disant, bien lĂ , c'est assez, on passe Ă  d'autres choses, etc. [00:22:39] Speaker A: Oui, c'est du passĂ©, c'est mon prĂ©dĂ©cesseur, t'sais, j'ai rien Ă  voir lĂ -dedans, qu'on achĂšve. [00:22:47] Speaker B: Puis en mĂȘme temps, tout se peut bien dire aussi, par contre, autant t'as des, bien ça c'est tel que tel, c'est toujours comme ça, mais autant t'as quatre ministres de la DĂ©fense en peu de temps, dont Marcel Morse aussi, Ah oui, Marcel Masse. Qui est lĂ  pendant pas longtemps, mais qui est lĂ  pendant ce temps-lĂ . Les bureaucrates en dessous, en guillemets, des politiciens, souvent sont les mĂȘmes, par exemple. [00:23:11] Speaker A: Oui. [00:23:11] Speaker B: Comme de raison, le bureaucrate qui est proche, qui est le numĂ©ro 2, disons, du ministĂšre de la DĂ©fense, mais si lui est lĂ  de 1980 Ă  1998, disons, j'ai les chiffres, Mais lui, il y a beaucoup plus d'emprise sur ce qui se passe que les ministres qui passent en rĂ©pĂ©tition, comme par dĂ©finition. Ça fait que souvent, c'est les autres qui mĂšnent. C'est un peu comme dans une ville, le directeur gĂ©nĂ©ral qui est lĂ  pendant des annĂ©es et des annĂ©es, qui a fait une lecture puis un pouvoir plus grand. Qu'est-ce qui se passe que le politicien qui dĂ©barque pour quatre ans? [00:23:43] Speaker A: Puis c'est le directeur gĂ©nĂ©ral qui va amener les petites cartes aux politiciens qui arrivent pour lui expliquer c'est quoi la situation. [00:23:48] Speaker B: Oui, c'est ça, on parlait de petites cartes. Oui, effectivement. C'est lui qui brief. [00:23:53] Speaker A: C'est lui qui est au courant. [00:23:54] Speaker B: Oui, c''est ça. [00:23:56] Speaker A: Puis qui est dans une position de faire des recommandations puisqu'il est au courant [00:23:58] Speaker B: C'est ce qui est bien exact. [00:24:01] Speaker A: Juste avant, donc lĂ  le 16 mars, tout ça, ça met la table. pour expliquer en partie, ou en tout cas le contexte peut-ĂȘtre pas qui explique, mais qui contribue Ă  aider Ă  comprendre comment les choses pouvaient se passer sur une base militaire nouvellement installĂ©e au bout du monde, dans un pays sans foi ni loi, oĂč les gens se promĂšnent avec des Kalashnikovs, puis des AK-47, puis des lance-roquettes, On se dit, le tiers monde, c'est des pauvres qui crĂšvent de faim. C'est une partie de la vĂ©ritĂ© dans ce pays-lĂ , Ă  ce moment-lĂ . Une autre partie de la vĂ©ritĂ©, c'est que c'est des gens qui s'Ă©taient emparĂ©s... Il y avait des gens-lĂ  qui s'Ă©taient emparĂ©s d'armes, qui avaient Ă©tĂ© soutenues par l'URSS, qui Ă©taient en guerre froide en continu contre l'Occident, et puis l'Afrique faisait partie de... du terrain sur lequel on combattait. Et donc, il y avait des armes trĂšs puissantes. C'Ă©tait pas des clans qui se bataillaient avec des flĂšches, t'sais. Comme on pourrait l'imaginer quand on emploie des mots de garde-clans. T'sais, c'est pas... Des petites guĂ©guerres, c'est des gens qui Ă©taient extrĂȘmement violents et c'est un pays qui est failli. Et donc, oĂč il fait extrĂȘmement chaud et oĂč il y a une sĂ©grĂ©gation entre les hommes et les femmes qui est inconnue et difficile Ă ... quand on ne le voit pas et qu'on arrive de Petawawa, qui est impressionnante. Il y a des morts. En tout cas, c'est terrible. C'est un contexte qui est terrible. La base se fait aussi voler de la nourriture en continu. Puis ils sont capables de rien faire, en fait. S'ils sont en maintien de la paix, bien lĂ , ils sont en maintien de la paix, ils n'ont pas le droit de tirer. C'est ça la diffĂ©rence. C'est pas juste sĂ©mantique, en fait. La diffĂ©rence, c'est le droit d'usage de la violence. [00:26:10] Speaker B: C'est ça. [00:26:12] Speaker A: ils se font voler, ils se font volĂ© des affaires, tu sais, il y a rĂ©guliĂšrement des raids, ils ramassent les gens, ils les amĂšnent en ville, puis 15 minutes plus tard, ils sont revenus pour continuer leur pillage. Fait qu'il y a tout ça aussi dans le contexte, tu sais. Il y a les maladies tropicales qu'on risque d'attraper, tu sais. Tu sais, il y tout ça dans le contexte qui... Un premier tir de coup de feu, deux jours avant le meurtre de Shidan Aron. [00:26:47] Speaker B: Oui, le 4 mars. En fait, non, l'info que j'ai, c'est que c'est quelques jours avant, en fait, le meurtre de Shidan Aron, c'est le 16 mars, puis ça serait le 4 mars que deux Somaliens franchissent la clĂŽture. Donc, comme tu le dĂ©cris, pour essayer de franchir la clĂŽture du campement canadien, pour essayer d'aller voler de la nourriture. [00:27:06] Speaker A: Et la revendre au marchĂ© noir, probablement. [00:27:08] Speaker B: Et qu'il y en a un des deux qui est tuĂ©. Et nonobstant tout ce qu'on dit, ça n'enlĂšve pas par contre, par ailleurs, que dans ce contexte-lĂ  qui n'est pas facile, il y a aussi des activitĂ©s de reconnaissance qui sont faites et des soldats qui sont dĂ©ployĂ©s pour aider le monde. puis rĂ©parer des choses, puis fournir de l'eau, puis... [00:27:32] Speaker A: Construire des Ă©coles, ils ont construit des Ă©coles. [00:27:34] Speaker B: Tu sais, il y a plein de choses, parce que tout a Ă©tĂ© comme rĂ©sumĂ© dans cette mission-lĂ , quasiment juste... [00:27:38] Speaker A: À une photo. À une soirĂ©e, Ă  une photo. À un Ă©vĂ©nement, puis une photo. [00:27:41] Speaker B: Oui, c'est quasiment une photo. [00:27:42] Speaker A: Oui. [00:27:43] Speaker B: Mais par ailleurs, pendant des semaines et des semaines, il y avait plein de choses qui se passaient qui Ă©taient dans l'ordre des choses d'un pays qui veut aider un autre pays, puis qui met des choses en place, puis... [00:27:53] Speaker A: Mais d'un pays qui veut aider un autre pays malgrĂ© le pays qui est aidĂ©. Pas dans tous les cas, mais dans une partie des cas. et qui fait ça sans que la mission soit claire aussi. C'est-Ă -dire qu'on peut dire qu'il y a une partie quand mĂȘme qui a Ă©tĂ© un succĂšs, ils ont fait du bon travail, parce que malgrĂ© la difficultĂ©, malgrĂ© tout le contexte, malgrĂ© l'ambiguĂŻtĂ© de la mission et tout ça, ils ont quand mĂȘme construit des puits, puis donnĂ© un coup de main, puis tu sais... Jusqu'Ă  cet Ă©vĂ©nement-lĂ . [00:28:55] Speaker B: On va commencer Ă  se rapprocher de l'Ă©vĂ©nement du 16 mars. [00:29:01] Speaker A: Oui, 1993. [00:29:04] Speaker B: Tout en, y arrivant pas tout de suite, en continuant Ă  donner du contexte. [00:29:08] Speaker A: Oui. [00:29:08] Speaker B: C'est-Ă -dire que ça se passe quand mĂȘme dans un contexte, on l'a dit un peu, oĂč dans le campement canadien, il y a des gens qui tentent de s'infiltrer. Il y a des Somaliens qui tentent de se filtrer. [00:29:17] Speaker A: À rĂ©pĂ©tition. [00:29:17] Speaker B: À rĂ©pĂ©titions. [00:29:18] Speaker A: En continu. [00:29:19] Speaker B: Oui. Et lĂ , c'est la question de savoir qu'on fait quoi quand ça arrive? On les dĂ©courage fortement, pas fortement, on imprime un t-shirt en leur disant, tu sais, c'est quoi le moyen qu'on prend? Et lĂ , quand mĂȘme, lĂ  rĂ©side aussi l'ambiguĂŻtĂ© de l'affaire, c'est qu'il y a un ordre ou des indications qui sont donnĂ©es d'utiliser la force pour les dĂ©courager. [00:29:49] Speaker A: Maintenant qu'on a le droit, parce qu'on est au chapitre 7, d'imposition de la paix, et non pas seulement au chapitre 6, de maintien de la paix. [00:29:58] Speaker B: Donc, ça aurait Ă©tĂ© dit, utiliser la force, vous pouvez les abuser un peu, entre guillemets, l'idĂ©e c'est qu'on veut vraiment, aprĂšs ça, les relĂącher, puis qu'ils retournent, puis qu'ils disent, ben, on va pas infiltrer ça. [00:30:11] Speaker A: On va pas lĂ , ils sont fous. [00:30:12] Speaker B: Ils sont passĂ©s un moment quart d'heure. [00:30:13] Speaker A: Oui. [00:30:14] Speaker B: C'est vraiment ça, la logique. Mais il y a comme un... Il y a nĂ©cessairement un certain flou dans cette indication-lĂ  qui fait en sorte que quand tu captures la personne, une personne, et que t'es en charge de le surveiller, bien, c'est jusqu'oĂč tu vas dans l'abus dont on t'a donnĂ© la permission d'avoir, de faire. Et lĂ , dans la nuit du 16 mars, il y a des soldats du 2e commando qui capturent... Chidanaron. Chidanaron, qui a 16 ans. Dans le pĂ©rimĂštre du camp, ils l'enferment dans ce qu'ils appellent le pit. Je ne sais pas si tu as vu de quoi ça a l'air. J'ai vu une photo. C'est un trou. avec un espĂšce de toit, puis t'as un trou dans le sol, il y a un toit, puis il y a une entrĂ©e, puis t'es comme... c'est tout petit. Puis t'es lĂ , avec un gardien qui te surveille. Donc... Ça prend un gardien parce que sinon, il n'y a pas de porte qui ferme. Ce n'est pas une prison, ce n'est pas un cachot, c'est vraiment un toit dans le sol avec un toit. Alors, ça prend quelqu'un qui est lĂ  pour le surveiller. Donc, en rotation, des gens viennent surveiller ce prisonnier. [00:31:37] Speaker A: Et donc lĂ , on arrive au nƓud de l'affaire. [00:31:41] Speaker B: Oui. [00:31:43] Speaker A: C'est qu'Ă©ventuellement, le caporal-chef Clayton Machie... Oui. et celui qui est en charge, c'est son tour de surveiller le soldat. À un moment donnĂ©, il arrive qu'un de ses supĂ©rieurs, c'est-Ă -dire de deux ou trois grades au-dessus de lui, s'autorise Ă  agresser le jeune Shidan Aaron physiquement, en lui donnant des coups de pied. Donc lĂ , on a un haut gradĂ© face Ă  un moins gradĂ© de plusieurs grades. Donc le haut gradĂ©, si je me souviens bien, est adjudant-chef. Clayton Mathie est caporal-chef. Donc deux grades en dessous. C'est-Ă -dire que tu as l'adjudant, le caporal, tu as adjudant, sergent, caporal en dessous. [00:32:47] Speaker B: Puis t'as Kyle Brown qui est lĂ  aussi, qui est un simple soldat. [00:32:51] Speaker A: Oui. [00:32:53] Speaker B: Fait que lĂ , oui, t'as Ă  un moment donnĂ©, mais ça on l'a appris dans l'aprĂšs-coup, ça a Ă©tĂ© assez cachĂ©, puis reste Ă  voir ce qui est tout Ă  fait juste, mais selon toute vraisemblance, comme je dis souvent. RĂ©pĂšte-moi le nom de celui qui donne des coups, le supĂ©rieur. [00:33:11] Speaker A: Le premier, c'est l'adjudant-chef Murphy. [00:33:14] Speaker B: Oui, donc lui arriverait et il donnerait des... En anglais, ils disent des soccer kicks trĂšs forts, ce qui viendrait donc donner le ton aux autres par la suite de dire, bien, voici les libertĂ©s dont on peut se permettre avec ce... Oui. [00:33:31] Speaker A: Et juste en passant, adjudant-chefs, c'est le plus haut grade de sous-officier. Donc, tout ça, c'est des sous-officiers. C'est au niveau des soldats qui ont graduĂ©. Ils sont rentrĂ©s soldats, puis ils ont montĂ© les grades. Le plus haut grade que tu peux atteindre quand t'es un simple soldat, c'est adjudant-chef, et Murphy, c'est un adjudant-chef. Donc, il est le plus haut grade parmi les sous-officiers de cet escadron-lĂ , ce commando-lĂ . Et c'est lui qui commence. [00:34:08] Speaker B: Puis lĂ , pour le dire, finalement, on peut arriver au fait, il y a diffĂ©rentes versions, mais... En l'espace de quelques heures, il y a Machi qui est lĂ , qui va torturer de plus en plus, de plus en plus fort, de diffĂ©rentes façons, le prisonnier. Kyle Brown est prĂ©sent aussi. Lui, il donne une coupe de coup au dĂ©part, mais c'est tout. Puis plus ça avance, plus il est inconfortable avec la torture vraisemblable du prisonnier. Et qui essaie d'aller avertir un peu tout le monde de ce qui se passe. Il y a des gens aussi qui dĂ©barquent pour voir ce qui se passe, Encore lĂ , il y a comme un ordre qui a Ă©tĂ© donnĂ© que c'Ă©tait correct jusqu'Ă  un certain point. Fait que tout le monde est dans une espĂšce de flou. Et aussi, puis malheureusement je trouve pas, je vais l'avoir la prochaine fois, mais c'est une veille de fĂȘte, c'est une veille oĂč dans le rĂ©giment, il va y avoir le lendemain toutes sortes d'activitĂ©s, de talk of war, puis de biĂšre, puis de party. Et c'est la veille de cette journĂ©e-lĂ , et donc tout le monde est dĂ©jĂ  dans l'ambiance de prĂ©-party. Et donc, quand Karl Brown va dire ce qui se passe, bien, soit que ses supĂ©rieurs dorment ou sont en boisson ou ils disent, bien, fais ta vie, puis retourne. En tout cas, il y a comme une espĂšce de... Ça se passe en quelques heures, lĂ . [00:35:24] Speaker A: Trois, pour ĂȘtre plus spĂ©cifique, il me semble. [00:35:26] Speaker B: Oui, oui, c'est ça. Il y a comme une espĂšce de... de parenthĂšses oĂč on dirait que pendant ce moment-lĂ , tout le monde rĂ©fĂšre Ă  un autre en prenant pas acte du drame qui se passe. Donc tout le monde est un peu au courant, mais Tout le monde s'en va en disant ben... [00:35:47] Speaker A: Tu imagines aussi l'irritation grandissante des gens, tu sais, comment certains soldats qui ont racontĂ© ça par la suite de l'aumĂŽnier, entre autres, de cette mission-lĂ . c'est que t'es dĂ©barquĂ© dans un pays, la premiĂšre chose que tu ressens, c'est la chaleur comme si t'avais ouvert un fourneau qui Ă©tait Ă  500 degrĂ©s. Ensuite, tu montes ton campement dans le dĂ©sert. Ce pit lĂ , ils l'ont creusĂ© eux-mĂȘmes. C'est ça l'armĂ©e aussi. Ils creusent eux-mĂȘmes leurs pits, ils montent leurs tentes, ils montent les latrines. Tu sais, il y a des latrines, comment on fait la cantine, comment tout ça, tu as tout ça. Puis lĂ , pendant tout ce temps-lĂ , tu te fais tirer dessus par des Somaliens qui ne sont pas contents de te voir lĂ , puis qui veulent t'empĂȘcher de rĂ©aliser la mission avec laquelle tu n'es pas au clair. On l'a Ă©voquĂ©, mais il va falloir y revenir. je pense, qu'est-ce que c'est d'envoyer des gens. Tu leur dis que c'est le maintien de la paix. En chemin, ça devient imposition de la paix, mais il n'y a personne qui te met des directives claires sur pourquoi tu es lĂ , en fait. Puis lĂ , tu es lĂ  pendant des mois, puis des mois. Il y a des gens qui viennent te piquer des affaires, puis lĂ , tu ne sais pas ce que tu devrais faire. Les directives sont floues, tu sais. Puis lĂ , t'arrives, vite est la veille, c'est la Saint-Patrick le 17 mars. Dans l'armĂ©e, on s'Ă©lĂšve vraiment beaucoup la Saint-Patrick parce qu'il y a beaucoup d'Irlandais, il y a mĂȘme des bataillons irlandais, les Black Watch et compagnie. LĂ , tout le monde est parti, mais aprĂšs des mois et des mois de vie de misĂšre aussi, parce que ce n'est pas le PĂ©rou non plus, Puis lĂ , comme t'en as un, puis il y a un autre qui vient te voler des trucs, et donc finalement, il y en a un qui arrive, puis qui est comme au mauvais endroit, au mauvais moment, il aurait jamais dĂ» aller lĂ , parce que c'est lĂ  que ça culmine. LĂ , t'es dans le pit, toi aussi, avec tout le monde. Fait que lĂ , tu fais tes tours de nuit, le monde est pactĂ©, tu comprends, on prĂ©pare la Saint-Patrick ou tout comme, je sais pas quelle festivitĂ© il va y avoir. On reviendra aussi probablement Ă  comment le rĂ©giment aĂ©roportĂ© Ă©tait. indisciplinĂ© longtemps avant de se rendre en Somalie, puis qu'il n'y a pas eu de sanctions, fait que t'as des tĂȘtes fellĂ©es en masse lĂ -dedans, et ça monte aux plus hauts Ă©chelons de sous-officier. Et lĂ , t'as comme un jeune qui est... pas un jeune, c'est juste un autre Somalien fatigant, comme t'as eu. T'as l'impression que c'est des mouches qui te tournent autour ou qui te tirent dessus ou que t'sais, t'es enfermĂ© lĂ . Toi aussi, avec lui, dans le pit, t'as juste Ă  attendre que le temps passe. Puis lĂ , il y en a un qui vient te donner l'autorisation d'envoyer des coups de pied en pleine face. parce que c'est ton supĂ©rieur, puis lĂ , tu restes lĂ , puis lĂ , bien, les autres, c'est comme la banalisation du dĂ©chaĂźnement de violence qu'il y a eu, que nous, on ne peut pas imaginer. Quand on vit dans une sociĂ©tĂ© oĂč les toilettes fonctionnent, t'sais, sur demande et en tout temps, puis oĂč si quelqu'un te donne un coup de pied, t'appelles la police, puis il y a de la police qui vient, puis qu'ils l'enlĂšvent, puis qu'ils l'amĂšnent ailleurs, puis qu'on va le sanctionner, t'sais. Ça se fait pas de donner des coups de pied Ă  des gens ici, lĂ . T'sais, t'es comme... Il faut pas le sous-estimer, lĂ , la chance... Ça, c'est un autre argument, quelque chose dont je voudrais parler plus tard, mais c'est du malraux, lĂ  encore, je reviens lĂ -dessus. La sociĂ©tĂ©, c'est la barbarie recouverte d'une fine couche de cellophane. C'est inespĂ©rĂ©, improbable et Ă  cĂ©lĂ©brer. comment c'est pacifique dans nos sociĂ©tĂ©s, comment toute cette barbarie-lĂ , elle est comme sous contrĂŽle. Mais lĂ , t'envoies des gens dans des conditions comme ça, puis tu leur dis, bien, en fait, s'ils rentrent dans le camp, c'est comme lĂ , vous pouvez «rough him up », ce que ça peut dĂ©clencher comme dĂ©chaĂźnement, banalisĂ© par tout le monde. [00:40:13] Speaker B: Oui, c'est ça. Oui. [00:40:17] Speaker A: Parce que, en fait, je dis ça parce que, puis c'est pas pour excuser ce qui s'est passĂ©, mais c'est parce qu'on a cette photo-lĂ  de ce soldat-lĂ  avec cette victime-lĂ , qui est une photo comme, comment, iconique en termes d'horreur de ce que l'armĂ©e canadienne a fait en Somalie. Mais c'est un clichĂ© d'un Ă©vĂ©nement qui s'est dĂ©roulĂ© en une soirĂ©e et qui ne rĂ©sume absolument pas correctement, Ă  mon sens, puis au sens de la commission Les Tourneaux, tout ce qui a menĂ© Ă  ça. qui est beaucoup plus large. C'est un pion, un Ă©pais probablement, si je peux me permettre. Quelqu'un qui, dans le contexte, n'Ă©tait pas en mesure, ou peut-ĂȘtre lui-mĂȘme comme personne, j'en sais rien, d'exercer un jugement Ă©thique sur ses propres actions. En mĂȘme temps, il n'y a personne sur cette base militaire-lĂ  qui est venu essayer de l'arrĂȘter, sauf Kyle Brown. À sa façon, VoilĂ . De ce qu'on en sait. [00:41:34] Speaker B: Ouais. Mais, tu vois, on peut aussi changer complĂštement de perspective. si tu te permets, pendant quelques secondes. [00:41:49] Speaker A: Non. Non, non. C'est la seule perspective possible, la mienne. [00:41:53] Speaker B: Parce que, tu sais, lĂ , on prend l'angle du contexte de qu'est-ce qui s'est passĂ©, de la situation, de la chaleur, tout ce qu'on essaie de dĂ©crire contextuellement qui vient situer ce geste-lĂ  de torture et d'abus d'un prisonnier. [00:42:14] Speaker A: Oui. [00:42:15] Speaker B: Mais on peut aussi faire un changement de paradigme complet et juste se dire comment ça peut arriver qu'un individu en torture un autre. Parce qu'Ă  chaque fois que ça arrive, de la torture, de la violence ou des meurtres, on a vu beaucoup, il y a toujours un contexte. La personne a subi une humiliation, il est arrivĂ© Ă  l'affaire, l'avant-veille, son patron, il y a toujours des affaires qui se sont passĂ©es dans la vie, il y a toujours de l'humain, tout ça. Mais on peut aussi en faire extraction et dire comment ça peut arriver qu'un seul homme ou qu'une personne parce que c'est un... on ne l'a pas dit encore, mais c'est une vraie torture, lĂ . C'est... c'est pas juste quelques coups, puis lĂ ... [00:43:04] Speaker A: C'est innommable, en fait. [00:43:05] Speaker B: Tu sais, tu dis, ah ouais, il y en a eu un coup de trop, puis la personne est tombĂ©e. C'est, tu sais, la diffĂ©rence en... l'ajout de la torture, c'est que c'est des gestes commis simplement pour infliger de la souffrance. C'est purement ça, tu sais. Quand tu... Quand tu brĂ»les les testicules du prisonnier, c'est pas pour le tuer, c'est pas parce que t'es en danger, ce n'est que pour infliger de la souffrance. Mais comment ça fonctionne ça? Comment ça se peut que quelqu'un fasse ça? [00:43:35] Speaker A: On peut inverser aussi, rentrer dans un paradigme complĂštement Ă  l'envers, puis se demander comment se fait-il que ça n'arrive pas plus souvent? C'est-Ă -dire, comment c'est possible que les gens ne se torturent pas les uns les autres? J'avais un ami il y a longtemps qui... qui avait participĂ© Ă  un vidĂ©o qui mettait en scĂšne, en tout cas qui illustrait, dans un style sado-maso, la chanson Fais-moi mal, Johnny, Johnny. Bon. Fait que lui, son rĂŽle, c'Ă©tait d'ĂȘtre Johnny, t'sais, dans le... Puis qu'il racontait comment ça l'avait vraiment perturbĂ© de se rendre compte que plus le tournage avançait, moins il avait de la facilitĂ© Ă  s'en retenir lui-mĂȘme. C'est-Ă -dire qu'il ne se savait pas cette violence-lĂ  en lui, qui Ă©tait comme stimulĂ©e par le contexte et qu'on lui demandait comme de mettre en scĂšne. Et dans le cas, il a embarquĂ© au point d'un moment donnĂ© avoir le sentiment de perdre ses repĂšres. T'sais, c'est... c'est ça. [00:45:02] Speaker B: Mais donc, tu vois, ça va dans le sens de dire Notamment, le contexte, des fois, a mĂȘme pas Ă  ĂȘtre si incroyable que ça pour que des gens qu'on pensait pas du tout capables de certaines choses en deviennent capables. Dans le cas que tu dĂ©cris, c'est pas des semaines de famine. C'est quelques jours. [00:45:23] Speaker A: T'as un tournage, oui. [00:45:24] Speaker B: Puis, t'sais, il y a une perte de repĂšres parce qu'il y a des permissions qui se sont donnĂ©es, mais ça reste que des repĂšres visuels. Il est dans son pays. Ça prend pas grand-chose, des fois. [00:45:34] Speaker A: Ce qu'on a fait... On a parlĂ© de David Milgram et de son expĂ©rience. En fait, on se rend compte que finalement, ils sont minoritaires. Ceux qui arrĂȘtent d'augmenter le niveau de douleur qu'ils pensent que l'autre Ă©prouve, Ă  partir du moment oĂč... C'est-Ă -dire, ils sont rares, ceux qui dĂ©sobĂ©issent au professeur en sarro, puis machin. C'est une minoritĂ© qui est capable de s'arrĂȘter. C'est ça. C'est ça qu'on le sait. [00:46:09] Speaker B: Oui, c'est ça. Oui, puis des fois, on l'a vu, l'expĂ©rience, les chocs, c'Ă©tait augmentĂ©, puis augmentĂ© et augmentĂ©, juste parce que quelqu'un disait, «InquiĂšte-toi pas, c'est correct. Moi, je suis patchĂ©. Je te le dis que ça va.» MĂȘme si devant toi, tu entends les cris ou toutes les indications vont dans le sens que tu te dis, la personne, c'est pas vrai, mais... la soumission Ă  l'autoritĂ© ou l'Ă©coute des rĂšgles, et ou aussi, parce que c'est un autre facteur, la dĂ©personnalisation de la victime. [00:46:41] Speaker A: C'est ça, c'est ça, mais c'est ça que j'essayais de dire tantĂŽt quand je disais, mais tu sais, les Somaliens qui rentrent, t'en as qui te tirent dessus. Tu vois des actes que toi tu considĂšres des actes de barbarie parce qu'il y a des choses terribles qui se passent entre Somaliens, entre gangs de Somaliens les uns contre les autres, mais aussi la culture somalienne contre des femmes, tu sais, qui cadrent juste pas avec ta comprĂ©hension de ce que c'est qu'une sociĂ©tĂ© qui fonctionne. Fait que lĂ , Ă©ventuellement, je veux dire, ton idĂ©e, c'est... tu te dessensibilises probablement progressivement de l'idĂ©e que c'est des ĂȘtres humains comme toi. Si t'Ă©tais pas dĂ©jĂ  dessensibilisĂ© au dĂ©part, parce que tu rentrais comme un militaire. Toi, t'es une troupe d'agression. C'est-Ă -dire un rĂ©giment aĂ©roportĂ©, c'est pas un... C'est pas des enfants de coeur, c'est pas des gens qui ont appris que tout le monde est beau, tout le monde est gentil, il faut juste protĂ©ger les mamans et les bĂ©bĂ©s. Ils sont entraĂźnĂ©s au combat. Puis lĂ , tu les envoies lĂ  sans leur avoir expliquĂ© c'Ă©tait quoi vraiment leur mission, puis c'est quoi vraiment la... Je veux dire, quand t'es sous la chape de l'ONU, puis le maintien de la paix, puis ainsi de suite. Fait que lĂ , t'es comme bourrĂ© de testostĂ©rone, puis de trucs de combat. Puis lĂ , tu vois un attaquer l'autre, puis l'autre attaquer un. Puis lĂ , les femmes, qu'est-ce qu'elles leur font, puis machin. Puis lĂ , ça rentre dans... Ça doit ĂȘtre venu assez rapidement, la dĂ©shumanisation des Somaliens. [00:48:26] Speaker B: Oui, en fait, qui est un meilleur terme que dĂ©personnalisation. Oui, c'est dĂ©shumanisation, exact. Oui, oui, ben oui. Donc, tu as deux... C'est deux phĂ©nomĂšnes Ă  lesquels on revient tout le temps. Qu'est-ce qui fait que quelqu'un peut tuer, se faire souffrir comme ça, dĂ©shumaniser sa victime, dans toutes sortes de cas qu'on a Ă©tudiĂ©s, tu sais. premier phĂ©nomĂšne, puis deuxiĂšme phĂ©nomĂšne, qu'est-ce qui fait que ceux autour mettent un voile lĂ -dessus, puis continuent Ă  faire leur vie sans trop s'en occuper? Ça aussi, ça arrive souvent et partout, ce phĂ©nomĂšne-lĂ , de dire... On en a parlĂ© la derniĂšre fois, en fait. Tu sais, quand je te disais... Je l'allais mal expliquer, mais tu sais, j'ai fait comme un... d'excursion en disant, mais tu te rappelles quand on Ă©tait interne Ă  Louis H. Lafontaine, il se passait rien comme tel de rĂ©prĂ©hensible Ă  Louis H. Lafontaine comme tel, mais c'Ă©tait pour souligner juste la chose suivante, c'est que quand on Ă©tait lĂ , on avait un rĂŽle, on Ă©tait stagiaire, interne, tout ça, il y avait des patrons, il y avait une structure. Nous, on suivait ce qui se passait, On n'Ă©tait pas lĂ  pour dire, bon, lĂ , aujourd'hui, si je dĂ©tecte de la souffrance ou un mauvais traitement ou une ambiguĂŻtĂ© par rapport Ă  un patient qui est retournĂ©, pas acceptĂ©, Ă  un moment donnĂ©, tu suis ce qui se passe. Mais tout ça fait partie, Ă  un moment donnĂ©, de plein de monde qui se disent, bien, je fais confiance que l'autre personne sait ce qu'il fait. Et l'autre personne se dit, ben je sais pas ce que l'autre personne fait, qu'est-ce qu'il fait? Fait que, tu sais, Ă  ce moment-lĂ , toutes les gens qui ont visitĂ© le pit lĂ , ben ils se disaient entre autres, ben le responsable va venir aprĂšs moi, lĂ . Fait que s'il y a de quoi, il le dira, lĂ . [00:50:22] Speaker A: C'est ça. [00:50:23] Speaker B: Je veux dire, pourquoi ça serait moi, lĂ ? [00:50:25] Speaker A: Oui. [00:50:26] Speaker B: Ça on dirait qu'il exagĂšre, mais il va y avoir un autre ronde tantĂŽt d'un autre, lĂ , il s'en occupe. Tout le monde se fie Ă  l'autre. Jusqu'Ă  temps que personne ne passe rien. [00:50:34] Speaker A: Oui. [00:50:35] Speaker B: Mais ça aussi, c'est un phĂ©nomĂšne qui est humain de laisser faire. [00:50:41] Speaker A: Ce qui fait peur, c'est ça, c'est que c'est un phĂ©nomĂšne humain de laisser faire et que celui, dans le contexte, qui est Kyle Brown, qui est le soldat le plus bas de l'Ă©chelon. OK, d'ĂȘtre un private, d'ĂȘtre un soldat, c'est le plus bas de toute l'Ă©chelle, de toute l'armĂ©e au complet. Ça veut dire que t'es le B Ă  bas, t'as rien Ă  dire, en fait. Tu peux te faire engueuler par tout le monde, puis des fois trĂšs brutalement. que le soldat qui se dit, selon lui... [00:51:09] Speaker B: Je peux pas laisser faire. [00:51:11] Speaker A: Je peux pas laisser faire. LĂ , je vais prendre en photo. Fait que lĂ , j'ai la preuve. Fait que lĂ , il faut que j'aille dire au monde, regarde, lĂ , c'est un peu too much. C'est un des seuls qui a Ă©tĂ© traduit en cours martial et condamnĂ© pour meurtre au deuxiĂšme degrĂ©. [00:51:28] Speaker B: C'est comme le destin tragique pas tout le temps, mais souvent, des lanceurs d'alerte, pareil. Ça vient scraper le show, ça vient scraper la culpabilitĂ© de plein de monde. [00:51:42] Speaker A: Il faut l'Ă©liminer. [00:51:43] Speaker B: Puis Ă  un moment donnĂ©, lui, c'est la cible parfaite, on peut tout mettre sur lui. Puis lui, en plus, c'Ă©tait pas un lanceur d'alerte passif ou qui avait pas de dĂ©faut. Il a donnĂ© une coupe de claque, une taloche au dĂ©but, puis il a toujours dit, puis il a toujours expliquĂ© pourquoi, puis il l'assume, puis tout ça. Fait qu'il a jamais... Mais donc, c'Ă©tait tellement... Tout Ă©tait tracĂ© pour dire, bien, c'est celui qui va levĂ© le chapeau sur ce qui s'est passĂ©, qui va Ă©coper de tout, d'autant plus que celui qui a torturĂ©, on ne l'a pas dit encore, en fait, il faudrait le dire, celui qui a fait l'essentiel de la torture, s'est suicidĂ© ou a tentĂ© de se suicider deux jours plus tard. [00:52:31] Speaker A: Oui, Clayton Machie. [00:52:33] Speaker B: Et a Ă©tĂ©, par la suite, incapable de subir un procĂšs parce que, cognitivement, complĂštement... Oui, c'est ça. [00:52:43] Speaker A: Il a Ă©tĂ© dans le coma, puis il y a eu des dommages cĂ©rĂ©braux sĂ©vĂšres qui l'ont laissĂ©, pas neurovĂ©gĂ©tatif, mais comme... [00:52:51] Speaker B: Tu sais, ils disent l'Ă©quivalent d'un enfant de 2-3 ans ou 4 ans. [00:52:54] Speaker A: C'est ça, lourdement handicapĂ©. [00:52:55] Speaker B: Lourdement handicapĂ©, fait qu'il n'a jamais pu subir de procĂšs, rĂ©pondre de ses actes ou rien de ça. [00:53:00] Speaker A: C'est inapte. [00:53:01] Speaker B: Fait que c'est passĂ© Ă  l'autre personne qui Ă©tait lĂ . [00:53:04] Speaker A: T'imagines. T'imagines ça? T'es le seul, mais t'es le soldat, t'es au bas de l'Ă©chelle, t'es le seul qui dit voyons donc. Celui qui a commencĂ© le bal, c'est l'adjudant-chef. [00:53:18] Speaker B: Qui a Ă©tĂ© par ailleurs protĂ©gĂ©. [00:53:21] Speaker A: C'est ça, comment il s'appelle? Murphy, l'adjudant-chef. Murphy, qui a Ă©tĂ© protĂ©gĂ©. Ça veut dire comment? Murphy, il n'a pas Ă©tĂ© en cours martial. [00:53:35] Speaker B: Je ne crois pas. [00:53:36] Speaker A: C'est ça, il n'y a aucune accusation qui n'a jamais pesĂ© contre lui. [00:53:41] Speaker B: Peut-ĂȘtre parce qu'il n'a rien fait, mais je ne pense pas. À un moment donnĂ©, c'est dur Ă  savoir. C'est dur d'arriver Ă  la vĂ©ritĂ© quand mĂȘme dans ces histoires-lĂ . Le but, Ă©ventuellement, ce serait qu'on puisse se dire, quand il y a des Ă©vĂ©nements comme ça qui arrivent, qu'on peut attraper des bouts de vĂ©ritĂ©, puis en faire une lecture pertinente, puis d'ĂȘtre capable, aprĂšs ça, de gĂ©nĂ©raliser, puis de dire, bon, mais qu'est-ce qu'on peut mettre en place pour qu'on puisse... on ne mette pas des gens dont on sait par ailleurs qu'ils ont un potentiel de violence dans des situations oĂč ils peuvent injustement l'exprimer. Comment on peut comprendre comment une institution fonctionne avec ses luttes de pouvoir, ses conflits, ses non-dits, sa recherche d'impunitĂ© pour se prĂ©server, comme on disait la semaine passĂ©e? C'est quoi les leçons qu'on peut tirer pour que pour amĂ©liorer le fonctionnement de plein de groupements, de plein de sociĂ©tĂ©s ou d'institutions qui sont parfois en guerre l'une contre l'autre ou nĂ©cessairement en conflit. Mais cela dit, qui a le temps? Qui a le goĂ»t? C'est quoi l'appĂ©tit pour ça? Il y en a eu une commission Ă  l'Ă©tĂ© [00:55:36] Speaker A: s'aborder quand elle est arrivĂ©e aux plus hauts Ă©chelons du pouvoir, en fait. C'est ça qui est arrivĂ©. [00:55:43] Speaker B: Puis pourquoi? Essentiellement, pourquoi? C'est quand mĂȘme un Ă©tat du monde qui a une logique Ă©lectorale. T'as des politiciens dans une logique Ă©lectorale qui se disent lĂ , on va-tu s'auto-flageller? Ça va continuer Ă  nous nuire, cette histoire-lĂ . On a des gens dans une logique Ă©lectorale qui font des sondages, puis qui prennent le pouls de la population, puis qui nous disent, les Canadiens et les Canadiennes sont prĂȘts Ă  passer Ă  d'autres choses. En autant qu'on puisse flasher quelque chose, qu'il y a quelqu'un qui va payer le prix ou qu'il y ait une leçon qu'on a retenue, mais les gens sont prĂȘts Ă  tourner la page. Alors tournons-la, puis annonçons 8 milliards d'investissements dans une patente, puis on va gagner. [00:56:30] Speaker A: Mais tu as des... En fait, je m'amusais dans ma tĂȘte Ă  catĂ©goriser le type de personnes qui se retrouvent dans des institutions. Parce que... des personnages. J'Ă©tais arrivĂ©e Ă  trois types de personnages qui se retrouvent dans des institutions. Je vais le dire tout de suite avant de passer par le grand dĂ©tour. Il y a des gens qui sont, qui oeuvrent Ă  l'intĂ©rieur d'institutions. Ici, on parle de l'institution militaire. Qui oeuvrent Ă  l'intĂ©rieur d une institution et qui croient dans la mission et que c'est ça leur motivation. Il y a des gens qui oeuvrent Ă  l'intĂ©rieur d'une institution et qui croient dans les processus. Et c'est ça leur motivation. Tu as des gens qui rentrent dans l'institution et qui ne croient Ă  rien Ă  part leur propre avancement et leur propre intĂ©rĂȘt. Et c'est ça leur motivation. Peut-ĂȘtre que c'est trop caricatural, puis certainement que, comme pour tout, c'est dans des spectres. Est-ce que t'es plus pro, t'sais? Mais... De ça, je dĂ©duis que ceux qui payent le prix le plus cher et qui sont le plus malheureux le plus souvent, c'est ceux qui croient dans la mission, en fait. Ceux qui croient dans les processus, c'est ceux qui croient M. un tel qui est en sarreau et qui leur dit, monte le volume, monte le voltage, laisse faire que la personne est en train de crier, parce qu'ils n'ont pas d'autre repĂšre que l'autoritĂ©. [00:58:18] Speaker B: Tu peux aussi toujours penser que s'il y a eu des fautes, ça va ĂȘtre remĂ©diĂ© par l'ajout de processus. [00:58:24] Speaker A: C'est ça. Donc lĂ , pour obtenir le laissĂ©-passer Ă  38, il faut monter au quatriĂšme couloir nord et s'il n'est pas lĂ , ce n'est pas ça l'enjeu. Si ce n'est pas lĂ  rĂ©ellement qu'il se trouve, ça n'a pas d'importance. La directive a dit que c'Ă©tait lĂ  et donc si la directive l'a dit, c'est ça qui compte. Tu as des gens dans des institutions qui ont des fonctions de trĂšs haut pouvoir qui peuvent faire beaucoup de dommages et beaucoup de bien, mais qui ne s'en rendent pas compte nĂ©cessairement, ou bien qui s'en rende compte et qui s'en servent. Mais ceux qui ne s'en rendent pas compte, c'est peut-ĂȘtre les pires. Est-ce que j'ai le droit de dire ça? C'est peut-ĂȘtre des Adolf Eichmann en puissance. Parce qu'Adolf Eichmann, on en a parlĂ©, c'est pas... de tout son procĂšs, ce qui ressort, c'est le texte d'Anna Arendt sur la banalitĂ© du mal. C'est-Ă -dire, c'est un fonctionnaire qui Ă©tait quand mĂȘme assez performant dans son rĂŽle de fonctionnaire. C'est-Ă -dire qu'il a rĂ©ussi Ă  trouver un systĂšme de circulation optimal de gens vers des camps de concentration. Son domaine Ă  lui, c'Ă©tait pas les camps de concentration. Son domaine Ă  lui, c'Ă©tait les transports. Puis c'est ça sa dĂ©fense essentiellement. C'est dire, mais en fait, c'est pas moi qui ai donnĂ© les ordres. Moi, je faisais que les appliquer au meilleur de mes connaissances, en fait. Bon, est-ce que je vais trop loin? Est-ce que c'est scandaleux, ce que je dis? C'est que c'est l'impression que ça donne, en fait, parce que la commission d'enquĂȘte, on va y revenir, j'espĂšre, dans un prochain Ă©pisode, la commission d'enquĂȘte, prĂ©sidĂ©e par le juge LĂ©tourneau, elle s'est intĂ©ressĂ©e marginalement, on peut presque dire, aux actes du caporal-chef Clayton Machie. et qui ont menĂ© Ă  la mort de Sheedan Aron, marginalement parce que ce qui a Ă©tĂ© le cƓur de sa rĂ©flexion, qui est sorti des tĂ©moignages autour de la question, mais comment est-ce qu'une chose pareille a pu arriver, c'Ă©tait autour de la chaĂźne de commandement. [01:01:04] Speaker B: Oui, Kyle Brown ne s'est mĂȘme pas rendu Ă  tĂ©moigner. [01:01:08] Speaker A: Il n'a pas tĂ©moignĂ©? [01:01:09] Speaker B: Non. Parce que ce n'Ă©tait pas l'essentiel du propos encore. Ce n'Ă©tait pas tant ce qui Ă©tait arrivĂ© et pourquoi tu n'as pas fait ci quand c'est arrivĂ©. Ce n'Ă©tait pas tellement ce qui est arrivĂ© dans le pit. C'Ă©tait l'Ă©nondie, le cover-up. C'Ă©tait tout ce qui entourait l'affaire. Bref. [01:01:27] Speaker A: Puis que la conclusion c'est un hĂ©ritage dĂ©shonorĂ©, c'est pas une expression banale Ă  la fin d'une commission d'enquĂȘte. DĂ©shonneur, quand on parle de l'armĂ©e canadienne, c'est un mot qui est extrĂȘmement puissant, je veux dire qui est aussi haut dans l'Ă©chelle de puissance d'un mot que le mot trahison. C'est grave le dĂ©shonneur. Pis lĂ , tu montes au haut de la chaĂźne de commandement et qu'est-ce qui arrive? C'est des impĂ©ratifs Ă©lectoraux ou des impĂ©ratifs politiques qui font en sorte que, OK, cette commission coĂ»te trop cher, on s'approche vraiment trop prĂšs du quartier gĂ©nĂ©ral de l'État-major. Ça suffit. Pendez-nous un rapport dans les trois prochains mois. C'est fini, on ne met plus d'argent lĂ -dedans. [01:02:20] Speaker B: Oui, et puis non seulement ça, mais... on met la hache dans le processus, vous devez avoir tout fini, rappĂ©, avec un rapport le 31 mars... 95 ou 97? Puis, dans les jours suivants le dĂ©pĂŽt du rapport, on va faire un grand plaidoyer qu'ils se sont gourĂ©s complĂštement. C'est-Ă -dire qu'ils viennent noyer le poisson aussi. Parce que personne ne l'a lu, je veux dire, en quelques jours, personne n'a lu les 1400 pages. Fait que lĂ , t'as quelqu'un qui arrive, qui dit... Puis qu'il y a une fonction de prĂ©servation qui dit, regardez, est-ce qu'on a fait des erreurs? Oui, mais en mĂȘme temps, on est bon, on a toujours Ă©tĂ© reconnu, puis lĂ , il faut arrĂȘter de s'auto-flageoler, puis il faut passer Ă  la suivante. Tu sais, tout un truc qui amĂšne... n'importe qui qui veut pas s'y arrĂȘter et explorer ce qui s'est passĂ© Ă  dire ben oui, de toute façon, lĂ , c'est assez. Ça fait trois ou quatre ans qu'on en entend parler. Ils vont revenir. [01:03:14] Speaker A: Oui. [01:03:15] Speaker B: Mais en mĂȘme temps, c'est ça. On en revient en n'apprenant pas nĂ©cessairement grand-chose. [01:03:22] Speaker A: Bien, c'est quand mĂȘme un trĂšs long rapport qui nous apprend quand mĂȘme beaucoup de choses et qui est extraordinairement sĂ©vĂšre. Mais lĂ , les gros canons, Ă  mon souvenir, tu me contrediras peut-ĂȘtre, je ne sais pas, mais Ă  mon souvenir, je suivais ça de trĂšs prĂšs Ă  l'Ă©poque et ça me bouleversait Ă©normĂ©ment. Ă  mon souvenir, s'attirait Ă  boulet rouge sur le juge LĂ©tourneau en particulier. C'est-Ă -dire qu'il y avait un effort... ...concertĂ© et extrĂȘmement motivĂ© Ă  essayer de discrĂ©diter une commission d'enquĂȘte dont on ne s'Ă©tait pas rendu compte au moment de la commander, de oĂč est-ce qu'elle nous mĂšnerait. vu qu'elle nous menait jusqu'aux plus hauts Ă©chelons de l'Ă©tat-major et de la dĂ©fense nationale. LĂ , ça ne marchait plus nĂ©cessairement. Oui? [01:04:24] Speaker B: Oui, oui, tout Ă  fait. [01:04:26] Speaker A: Une institution comme ça, qui est soumise Ă  une enquĂȘte, une commission d'enquĂȘte de cette envergure, est-ce qu'elle peut se rĂ©former Ă  la fin? Est-ce que c'est utile, une commission d''enquĂȘte? En fait, c'est les questions que tu posais. [01:04:46] Speaker B: Oui, c'est ça. [01:04:47] Speaker A: Est-ce qu'on peut faire quelque chose? [01:04:50] Speaker B: Mais en fait, c'est qui la commande aussi? Est-ce que c'est la personne qui croit en la mission, qui croit au processus ou qui croit en ses intĂ©rĂȘts pour reprendre ses catĂ©gories? C'est un puriste qui croit en la mission et qui veut amĂ©liorer la sport, mais si c'est quelqu'un qui pense en termes d'une logique de carriĂšre ou Ă©lectorale, de ne pas trop Ă©clabousser ou de prĂ©server, nĂ©cessairement, c'est amenĂ© Ă  ĂȘtre peu utile ou Ă  ne pas avoir un grand levier. Mais je veux t'emmener quand mĂȘme un quatriĂšme cas de figure. [01:05:18] Speaker A: de personnages imaginaires de la fonction publique. Pas de la fonction publique, mais de la bureaucratie. [01:05:26] Speaker B: Ça transcende les Ă©poques et les institutions et les pays. [01:05:30] Speaker A: Puis on nomme personne. C'est des cas de figure, comme tu dis. [01:05:38] Speaker B: Mais j'en ai un quatriĂšme, si tu permets. [01:05:39] Speaker A: Oui. [01:05:40] Speaker B: Parce que c'est quand mĂȘme... Non, je ne l'ai pas, tes cas de figure. Donc, la personne qui est la plus fragile, dans un sens, c'est la personne qui croit au bienfait de la mission, de l'institution, puis de ce Ă  quoi ça sert. Tu as la personne qui est plus dans les diffĂ©rents processus, c'est la hiĂ©rarchie, l'amĂ©lioration de l'opĂ©rationnalisation qui peut venir toujours se perdre. Oui, mais c'est vrai qu'il faudrait, si on avait un systĂšme informatique plus rapide, on pourrait envoyer le certificat B au 30e niveau. Puis tu as la personne qui vit lĂ -dedans, puis qui dit, moi, j'aimerais ça ĂȘtre calife Ă  la place du calife, puis continuer Ă  monter, puis je me fous un peu de... [01:06:19] Speaker A: Puis ce n'est pas de ma faute, c'est de la faute Ă  l'autre, le subalterne dans le cas. Oui. [01:06:24] Speaker B: Mais t'as aussi quand mĂȘme souvent la personne qui dit, qui se dit ou qui dit, moi je crois en la mission, mais je crois que tant qu'Ă  faire, aussi bien avoir plus d'importance, et donc de gravir les Ă©chelons pour avoir plus de pouvoir pour la dĂ©fendre. Et donc, je me sers de ça pour marier mon ambition et la puretĂ© de ma mission. Tu sais, c'est un politien qui dirait, ben, je vais pas auto-saboter mon parti parce qu'on a fait des erreurs. L'autre parti va aussi faire des erreurs. Je veux garder le pouvoir pour ĂȘtre capable de faire avancer mes idĂ©es Ă  l'intĂ©rieur de ce pouvoir-lĂ  que j'ai. C'est la rationalisation de dire parfois je change de logique et je veux gagner, mais ce n'est pas juste parce que je veux gagner pour mon Ă©go, mon petit Ă©go, c'est parce que j'ai des idĂ©aux ou des ambitions et je veux avoir les moyens de les rĂ©aliser. On entend ça souvent quand mĂȘme, parce que c'est la façon de marier. des fois l'ambition Ă©vidente et la logique Ă©lectoraliste Ă©vidente avec aussi une logique de... [01:07:44] Speaker A: Mais oui, mais c'est peut-ĂȘtre le... Ce cas de figure, c'est peut-ĂȘtre le plus difficile Ă  identifier avec certitude parce que ça brillait derriĂšre la grandeur d'une mission dans le but de faire avancer ta carriĂšre et ta vie et ton pouvoir. Ça veut dire que tu es le troisiĂšme cas de figure qui utilise la mission pour son avancement. Tu vois ce que je veux dire? C'est-Ă -dire que ce n'est pas Ă©vident. Tu es totalement cynique, mais tu tiens le discours de la mission pour ton avancement personnel. C'est pas nĂ©cessairement la mĂȘme chose que de croire en la mission et de comprendre. Il y en a, moi je pense que c'est des exceptions, rarissimes, qui ont la capacitĂ© d'en mĂȘme temps croire dans la mission et de savoir manƓuvrer. tous les enjeux et les Ă©cueils politiques de pouvoir pur, de guerre de pouvoir pur, qui entrave la rĂ©alisation, l'actualisation de la mission. [01:09:01] Speaker B: Oui, oui, exact. Mais il y a des façons aussi. Tu demanderais Ă  quelqu'un, tu demandes Ă  quelqu'un hypothĂ©tiquement, est-ce que tu prĂ©fĂšres avoir une belle notoriĂ©tĂ© et un confort et un salaire. [01:09:18] Speaker A: Et une belle retraite. [01:09:19] Speaker B: Avec une mission, disons, pour le dire comme ça, avec une mission qui rĂ©alise ses objectifs correctement, mais sans plus. ou ĂȘtre complĂštement dans l'ombre, dans l'anonymat le plus complet, dans une position assez subalterne, mais avec une façon d'avoir de l'influence qui ferait en sorte que la mission est pleinement rĂ©alisĂ©e ou beaucoup plus rĂ©alisĂ©e. Quelle est la meilleure option? [01:09:41] Speaker A: Oui. [01:09:42] Speaker B: Il faut ça d'admettre qu'il y a beaucoup de gens qui prĂ©fĂ©raient quand mĂȘme se dire, Faut que je pense Ă  ma carriĂšre, faut que je pense Ă ... Faut que je pense Ă  ma... [01:09:50] Speaker A: À ma famille. [01:09:50] Speaker B: À ma progĂ©niture. [01:09:51] Speaker A: Ma retraite. [01:09:52] Speaker B: Ma retraite, puis tout ça. Puis en plus, c'est lĂ  qu'il y a un Ă©cueil aussi. À un moment donnĂ©, pour le dire en des termes assez simples... Si t'as une drive d'ĂȘtre dans photo, c'est dur qu'en mĂȘme temps t'ailles pas drive d'ĂȘtre dans photo. Si ça tente d'ĂȘtre celui qui le reprĂ©sente tant, ou qui est le leader, ou que narcissiquement qui est de l'avant, c'est dur de ce que ça se passe avec un dĂ©sintĂ©rĂȘt complet pour la chose mĂȘme qui t'amĂšne lĂ . [01:10:22] Speaker A: Je l'ai prĂ©sentĂ© comme de façon caricaturale, mais en fait, la plupart du temps, c'est des niveaux de l'un et de l'autre. C'est des interfaces qui changent selon les moments aussi. Par exemple, lĂ , t'as eu la torture et le meurtre d'un jeune Somalien de 16 ans. [01:10:47] Speaker B: Tu sais comment on a dĂ©magĂ© sa famille? [01:10:50] Speaker A: Comment? [01:10:50] Speaker B: Sans chamots. 15 000 US, l'Ă©quivalent de 100 chameaux. Ça m'a frappĂ© parce qu'ici, ça n'a pas de 100 chameaux. Pourquoi c'est une rĂ©fĂ©rence? La rĂ©fĂ©rence que j'ai lue souvent, c'est que quand ils sont allĂ©s porter l'argent, pour dĂ©dommager la famille de ce qui est arrivĂ©. Le coĂ»t que ça a d'enlever la vie, lĂ -bas, c'est 100 chameaux, 15 000 dollars US. Puis lĂ , la famille a fini par poursuivre le gouvernement du Canada parce que l'argent a Ă©tĂ© donnĂ© au clan et ils ne l'ont jamais reçu. [01:11:27] Speaker A: Ah, Begadon! C'est ça, le clan. Begadon, le clan. C'est ça ou c'est les clans? [01:11:32] Speaker B: Bien, le clan, c'est des institutions. [01:11:34] Speaker A: C'est exactement, c'est ça. [01:11:37] Speaker B: Puis, bien, je ne sais pas si on peut rajouter quelque chose pour aujourd'hui. [01:11:41] Speaker A: Je voulais juste dire, en fait, c'est que... par rapport Ă  l'adolescence, puis avoir 16 ans, tu sais, c'est qu'Ă  16 ans, en Somalie, t'es pas un enfant. À 16 ans, au Canada en gĂ©nĂ©ral, t'es encore un enfant. C'est quand mĂȘme une diffĂ©rence importante, tu sais, pas en termes de ce que ça veut dire avoir 16 ans, mais en termes de ce que ça reprĂ©sente de... t'sais, d'avoir tuĂ© un jeune de 16 ans. Nous, on va dire que c'est un jeune de 16 ans. En Somalie, il y a des jeunes, Ă  cette Ă©poque-lĂ , il y avait beaucoup de jeunes de 16 ans qui Ă©taient en Ăąge de faire la guerre et qui se tuaient les uns les autres et ainsi de suite. C'est-Ă -dire, il y a le... Puis je dis pas ça dans le sens du tout de minimiser, je dis ça dans un sens de reprĂ©sentation, de comment on transmet cette histoire-lĂ . Ici, on va dire que c'est un jeune de 16 ans, effectivement, qui venait voler de la bouffe et qui s'ajoutait Ă  un paquet d'autres. dont certains chefs de clan ou certains clans disaient Ă  l'armĂ©e, ben, coupez-leur les mains, qu'est-ce que vous voulez qu'on vous dise, parce que c'est ça la sanction. Bon, fait que lĂ , on est dans un niveau d'horreur qui est comme difficile Ă  comprendre, mais qui est omniprĂ©sent. [01:13:12] Speaker B: Oui, puis ce qui m'amĂšne Ă  vouloir parler briĂšvement, puis on pourrait y revenir, mais de l'horreur, et du refoulement parce que ça va avec. Tu sais, c'est horrifique ce qui est arrivĂ©, si on revient dans la soirĂ©e, dans le pit, tu sais, c'est horrifique, c'est l'horreur. Mais, tu sais, aprĂšs ça, on voit dans ce qui a suivi, dans les comitĂ©s, dans tout ce qui a suivit, tous les endroits oĂč le refoulement... le refoulement vient prendre le dessus. Notamment, cette espĂšce de logique-lĂ  de dire, bien, je sais pas comment l'expliquer pour que ça paraisse aussi inconglue que pour moi, mais de rĂ©pondre Ă  l'horreur en disant essentiellement ça c'est pas trĂšs bon pour la rĂ©putation de l'armĂ©e canadienne. [01:13:59] Speaker A: Oui c'est ça. [01:14:00] Speaker B: C'est un tout autre niveau. Ça, c'est du refoulement. Toi, t'habites dans un building oĂč il y a beaucoup d'appartements. S'il y aurait du monde ici, Ă  un moment donnĂ©, qui mette le feu, puis qui tue du monde, puis tout ça... C'est atroce, la douleur autour de toi, que tu vis et que tu vois, puis que tu m'appelles en me disant... C'est pas trĂšs bon pour la rĂ©putation de nos buildings. On s'en fout de la rĂ©putation. Il n'y a pas de rĂ©putation. Il y a du monde qui ne sont mĂȘme pas encore amenĂ©s Ă  l'hĂŽpital. La rĂ©putation, c'est le dernier des soucis. Mais ça, c'est une façon aussi d'amener une couche de respectabilitĂ© et de refoulement Ă  l'horreur qui est difficilement tolĂ©rable. Je veux dire, t'as quelqu'un qui... qui est torturĂ©e, l'enjeu, c'est pas la rĂ©putation d'une institution. Je veux dire, pas tout de suite. Ça n'a aucun rapport. [01:14:56] Speaker A: Puis ça veut dire quoi, la rĂ©putation? Ça veut dire quoi? Qu'est-ce que les gens vont penser de nous? C'est ça que ça veut dire? [01:15:01] Speaker B: Oui, c'est ça. [01:15:02] Speaker A: Le monde va penser qu'on n'est pas cool parce que lĂ , il y a un kid qui a Ă©tĂ© torturĂ© chez nous. [01:15:08] Speaker B: C'est quand mĂȘme une rĂ©ponse trĂšs moĂ©lique Ă  l'horreur. [01:15:10] Speaker A: Absolument, ça aurait Ă©tĂ© bien de finir lĂ -dessus, mais j'ai de la misĂšre Ă  me retenir de dire, en fait, que cette commission d'enquĂȘte-lĂ , la commission Les Tourneaux, qui remontait jusqu'aux plus hauts Ă©chelons, c'est-Ă -dire jusqu'au quartier gĂ©nĂ©ral de l'armĂ©e canadienne Ă  Ottawa et au dĂ©partement de la DĂ©fense nationale. Et lĂ , il y a comme deux factions qui s'opposent, en fait, en haut. T'as les bureaucrates de la DĂ©fense nationale et l'Ă©tat-major de l'armĂ©e. OK? Ça s'affronte dans le sens, je sais pas s'ils s'entendaient bien, s'ils Ă©taient amis, mais en fait, il y a comme ces deux catĂ©gories de gens, deux gangs diffĂ©rentes. et qu'en fait, il n'y a personne, ce que cette commission d'enquĂȘte-lĂ  dĂ©nonce, aprĂšs ĂȘtre remontĂ©e toute la chaĂźne de commandement, et ce que ça veut dire, Ă  quoi ça sert une chaĂźne de commandement. Ça a une utilitĂ© et une importance, et de ne pas avoir une chaĂźne de commandements claire et limpide et honorable, ça a des consĂ©quences directes sur les troupes au sol dans la rĂ©alitĂ©. Ils sont remontĂ©s jusqu'en haut pour dire, mais en fait, c'est des carriĂ©ristes. C'est des gens qui Ă©taient comme prĂ©occupĂ©s par leur propre image et leur propre avenir. [01:16:34] Speaker B: Qui ont dĂ©truit des preuves. [01:16:36] Speaker A: Qui ont dĂ©truit des preuves et que... qui ont fait passer sur le dos de leurs subalternes leurs responsabilitĂ©s. C'est ça le dĂ©shonneur. C'est pas de ma faute, c'est la faute du Troufillon. Ça se fait pas. C'est comme... Ça ne se fait pas. Et toute cette histoire-lĂ  de de quoi on a l'air, c'est aussi de quoi moi j'ai l'air. Et en fait, ils ont tous Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s. Ils ont Ă©tĂ© blĂąmĂ©s par la commission. Mais il y a personne de ces gens-lĂ  qui s'est retrouvĂ© en cours martial pour... Rien. En fait, ils ont continuĂ© Ă  avancer professionnellement. Toute la gang. [01:17:18] Speaker B: Tu vois, je te relance. On devrait s'arrĂȘter lĂ , mais j'ai de quoi Ă  dire. [01:17:21] Speaker A: Oui. [01:17:23] Speaker B: toute l'impunitĂ© pour toute la gang, sauf Kyle Brown, le soldat, qui Ă©tait prĂ©sent, qui a Ă©tĂ© tĂ©moin de l'horreur, qui s'en veut, pas pour ce qu'il a fait, mais pour ce qu'ils n'ont pas rĂ©ussi Ă  faire, c'est-Ă -dire trouver une façon d'intervenir, qui reste pris avec ça, qui est blĂąmĂ©, qui est bouc-Ă©missarisĂ©, qui fait de la prison, qui Ă©crit son livre. [01:17:44] Speaker A: Pour meurtre, qui fait de la prison pour meurtre. [01:17:46] Speaker B: Et torture, ce qui est trĂšs rare pour un soldat canadien. qui rĂ©ussit avec le journaliste Ă  Ă©crire son livre, il faut dire qu'une parcelle de sa vĂ©ritĂ©, mais qui aprĂšs l'apparition du livre se retrouve Ă  vivre en dessous d'un pont avec son crack pipe. pris par ça, pris par l'horreur Ă  ne pas ĂȘtre capable de s'en dĂ©gager, notamment parce qu'il craint toujours que Machi, celui qui a perpĂ©trĂ© les gestes, reprenne de ses sens cognitifs et soit jugĂ© dans un procĂšs et qu'il soit pris pour aller tĂ©moigner. Lui, il est tout le temps pris lĂ -dedans. Jusqu'Ă  tant qu'Ă  un moment donnĂ©, je pense que c'Ă©tait en 2008, finalement, la plug est tirĂ©e, on dit «ben Machi il reviendra jamais, pis mĂȘme s'il revient c'est fini». Ça, ça l'a un peu libĂ©rĂ©, mais pendant des annĂ©es, des annĂ©es aprĂšs, lui il continue Ă  vivre avec cette horreur-lĂ .

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