L'implosion du Titan

L'implosion du Titan
Après-Coup
L'implosion du Titan

Sep 20 2023 | 01:17:00

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Episode 70 September 20, 2023 01:17:00

Show Notes

Stockton Rush, fondateur d'Oceangate et concepteur du Titan, était-il un rêveur, un entrepreneur ambitieux, un narcissique, tout ça à la fois ou autre chose ?

La découverte des restes de son submersible près de la carcasse du Titanic où il a péri, entraînant quatre passagers dans la mort, soulève de nombreuses questions concernant sa personnalité et ses décisions successives qui ont ultimement mené à la catastrophe.

Crédit photo: Oceangate

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[00:00:01] Speaker A: Stockton Rush, fondateur d'Ocean Gate et concepteur du Titan, était-il un rêveur, un entrepreneur ambitieux, un narcissique, tout ça à la fois ou autre chose? La découverte des restes de son submersible près de la carcasse du Titanic, où il a péri, entraînant quatre passagers dans la mort, soulève de nombreuses questions concernant sa personnalité et ses décisions successives, qui ont ultimement mené à la catastrophe. Vous écoutez Après-Coup. Le 19 juin 2023, partout sur la planète, le mot s'est passé qu'on était à la recherche d'un submersible qui avait disparu proche du site du Titanic. Et pendant... je sais pas, c'était trois, quatre jours? [00:01:26] Speaker B: Pendant trois jours... Oui, c'est le 22 juin après-midi qu'ils ont annoncé... [00:01:32] Speaker A: Que les recherches étaient terminées. Il est arrivé quelque chose au Titan, qui était un submersible touristique qui descendait des gens, qui amenait les gens visiter la carcasse du Titanic au fond de l'océan. en échange d'un montant d'argent. C'était une industrie touristique luxueuse que le propriétaire de l'entreprise Ocean Gate, Stockton Rush, était en train de développer. [00:02:12] Speaker B: Oui. Il y a pas ça de « blue economy », hein? [00:02:14] Speaker A: L'économie bleue? Oui. [00:02:16] Speaker B: Sympathique. C'est l'économie de l'océan. [00:02:20] Speaker A: L'idée étant que Le territoire le plus inexploré de la planète, c'est le territoire océanique. On ne connaît presque rien des océans et des fonds océaniques. C'est extrêmement difficile de s'y rendre. Les conditions sont toujours très rudes. C'est très dangereux. Il y a toute une industrie à développer. [00:02:47] Speaker B: Une industrie est donc une sous-culture, parce que là, tous les gens qui connaissent ce monde-là, des submersibles, des océans, ont tous fait leur commentaire. Mais c'est comme un... Oui, c'est comme une sous-culture en soi. [00:03:06] Speaker A: Dont M. Stockton Rush faisait partie et... en tant que quelqu'un qui faisait beaucoup, beaucoup jaser depuis plusieurs années. Alors, ce monsieur Stockton Rush, pourquoi je le nomme, c'est parce que là, il est entouré de controverses post-mortem. Ce qui est arrivé en fait, c'est que malgré les trois jours de recherche intensive, Tous les pays qui pouvaient le faire ont envoyé des équipes de recherche et sauvetage qui ont travaillé d'arrache-pied pendant trois jours. Malgré les recherches intensives, on s'est rendu compte, après trois jours, que le submersible avait implosé. Il y avait eu une implosion catastrophique de l'appareil. et donc tous les passagers, ils étaient au nombre de cinq et ils incluaient le propriétaire de l'entreprise. Tous les passagers étaient décédés, donc dans cet événement catastrophique. Depuis, je pense que c'est encore sous enquête, On a récupéré des morceaux. Semble-t-il qu'on ait récupéré quelques restes humains. Mais bon, sous quelle forme? Parce que l'événement a été catastrophique. La personne de Stockton Rush, ses pratiques d'affaires, sa façon de travailler, la culture organisationnelle qu'il a nourrie au sein de son entreprise sont examinées à la loupe par des tonnes de gens tous horizons. [00:04:46] Speaker B: Plutôt négativement. [00:04:47] Speaker A: Assez négativement. [00:04:48] Speaker B: Ce qui est quand même pas donné parce qu'on pourrait penser que devant cette tragédie-là, les gens dans les premières semaines auraient la réaction de dire ben c'est triste, pauvre lui, pauvre eux. Ce qui a été le cas pour les passagers, mais pas tant pour lui, qu'on tient souvent facilement responsable d'avoir mal fait son travail, d'avoir été cavalier dans sa façon de gérer l'entreprise. [00:05:13] Speaker A: Comme tu disais, c'est un micro milieu, puis ça a été très rapide, très rapidement, James Cameron, qui est le réalisateur de Titanic, qui fait partie de ce milieu-là. [00:05:23] Speaker B: Exact, oui. [00:05:24] Speaker A: Est sorti dans les médias pour dire on le savait, on savait que ça s'en venait. Et en fait, non seulement on savait que ça s'en venait, mais dès qu'on a su que le submersible avait disparu, et dès qu'on a su que avant sa disparition, deux moyens de communication avaient été coupés en même temps, c'est-à-savoir les textos, parce qu'ils communiquaient avec le bateau qui l'attendait en haut, par textos, et le système de repérage de l'appareil, de profondeur. avait arrêté de fonctionner en même temps. Donc James Cameron dit que dès que j'ai su ça, et plusieurs d'entre nous, dans ce petit milieu-là, dès qu'ils ont su ça, ils savaient qu'est-ce qui s'était passé. Parce que ça faisait des années qu'ils étaient inquiets de ce que M. Rush faisait, en fait. [00:06:22] Speaker B: Bien, puis pour être plus... Oui, mais juste pour le dire spécifiquement, c'est délibérément que ces deux moyens de communication-là sont séparés. et que quand les deux brisent au même moment dans un tout petit appareil, tu sais qu'il y a de quoi être grave, parce que tu ne peux pas juste dire justement qu'il y a un enjeu technique avec la communication, mais on voit où ils sont rendus, ou vice-versa. Là, tu entends un craquement fort et les deux mode indépendant ne fonctionne plus en même temps. Lui il disait je savais que c'était la fin à ce moment-là. [00:06:57] Speaker A: En fait, il le savait même avant qu'on sache qu'il y a eu un craquement fort parce que ce craquement fort-là, ça a été entendu par les appareils. de surveillance de la marine américaine, je pense, ou de la NASA, des appareils sous-marins. Avant qu'on sache qu'ils avaient entendu un bruit inhabituel, compatible avec une implosion catastrophique, ça a pris quelques jours. Et donc, même avant que cette information-là soit rendue publique, James Cameron... Pourquoi je parle de James Cameron? C'est parce que, tu sais, tu disais, bien, c'est assez particulier ou en tout cas, c'est comme on a une empathie spontanée pour les défunts. mais assez rapidement, Stockton Rush bénéficie pas de cette empathie et est suspecté, est accusé, en fait, d'être responsable de cette catastrophe-là. Je parlais de James Cameron parce que c'est comme... À ma connaissance, c'est le premier qui est allé dans les médias pour dire, je le savais, qu'il n'y aurait jamais dû envoyer des gens dans cet appareil-là, puis on aurait dû intervenir avant, à cause de sa notoriété, puis se faisant, c'est-à-dire en s'exprimant aussi rapidement publiquement, il a comme autorisé tout le monde à dire « Ouais, t'sais, moi j'ai envoyé une lettre. Entre nous, on se disait que Paul-Henri Nargelet, qui est décédé dans cet appareil, s'était déjà exprimé ou avait déjà lui-même exprimé ses doutes-là. Donc Paul-Henri Nargelet étant un... un ancien commandant de la marine française, spécialiste du Titanic, qui a fait des dizaines de descentes en submersible pour aller voir le Titanic, qui a contribué aux efforts de collecte d'objets au fond de l'océan Atlantique. avait déjà émis des réserves lui-même, donc. [00:09:02] Speaker B: C'Est dans ce petit milieu-là. Mais en fait, moi j'ajouterais juste, effectivement ce petit milieu-là a vite dit publiquement, on le savait, ça fait plusieurs fois qu'on se le disait entre nous, qu'on le disait un peu en public, il y en a qui avaient peur de poursuite, mais c'était pas un secret. Mais c'est ajouté à ça pour le plus grand public, l'idée que, et pas nécessairement d'une façon légitime, que tout ça était une entreprise de riches preneurs de risques qui avait ce qu'ils méritaient. Il y a eu cette réaction spontanée là aussi. Là, tu payes 300 000 $ pour aller exploiter le Titanic dans une affaire qui n'est pas trop légit, tant pis pour toi. [00:09:42] Speaker A: Oui, c'est vrai. [00:09:44] Speaker B: Puis je comprends la réaction, puis je comprends des fois qu'on peut en vouloir spontanément à des gens qu'on perçoit comme étant non seulement riches, mais dans une espèce de jouissance excessive de bien et de leur bien. Mais ça vient s'automiser l'idée que qui n'est peut-être pas juste, mais que l'idéologie derrière l'affaire, ce n'est pas le Titanic. Le Titanic n'est pas une fin en soi. Moi, je crois que c'est assez légitime que Richard Stockton Rush, il voulait explorer l'océan. et qui s'est dit, une façon de ramasser de l'argent pour pouvoir faire ça, c'est de profiter de la popularité du Titanic. Non, tu n'as pas l'air convaincu de ma construction. [00:10:33] Speaker A: Je ne sais pas, tu me vois sourire. [00:10:36] Speaker B: Entre autres. [00:10:38] Speaker A: Parce que c'est une lecture. [00:10:39] Speaker B: Oui, oui. [00:10:40] Speaker A: C'est une interprétation. [00:10:42] Speaker B: Oui, c'est mon interprétation. Je l'assume. [00:10:46] Speaker A: C'est-à-dire, ton interprétation, c'est... Mon intention, c'est. [00:10:49] Speaker B: Que c'est un passionné de l'exploration des océans, qui a des drôles d'enjeux, on pourra y revenir, pourquoi pour lui, c'est une passion obsessive, et qu'il essaye de trouver des façons de financer ça, et que d'aller profiter de la popularité et de la notoriété du Titanic, c'est un moyen. Mais c'est pas la fin en soi. J'ai peut-être pas raison, mais donc, selon ma lecture, ou cette lecture, on peut pas dire que je l'épouse tant que ça, Mais c'est rapide de dire, ah, c'est juste du monde plein de cash qui s'ennuie, puis qui essaye de se trouver une façon de jouir de leur argent en prenant toutes sortes de risques, puis là, tant pis pour eux. C'est peut-être plus que ça, puis c'est un peu rapide de dire ça de toute façon. [00:11:35] Speaker A: Oui, c'est rapide, d'autant plus que là, il y avait un kid de 19 ans qui était allé... Semble-t-il, on sait pas. Est-ce qu'il était enthousiaste? Sa mère dit qu'il était enthousiaste, sa tante dit qu'il y allait de reculons. C'était le jour de la fête des Pères. Il y allait avec son père. [00:11:52] Speaker B: Ah oui, non, ça, c'est terrible. [00:11:54] Speaker A: C'est... Bon. Il est disparu. Bon. C'est ça. C'est-à-dire que son père avait beau être un riche entrepreneur, bon... C'est quand même tragique. [00:12:09] Speaker B: Tout à fait. Les médias sociaux ne montrent pas toujours le meilleur côté de l'humanité dans les réactions parfois, parce que toutes ces tragédies-là, c'est rapide de dire. Tant pis pour eux. [00:12:20] Speaker A: Tant pis pour eux parce qu'ils sont riches. [00:12:22] Speaker B: Mais tant pis pour eux parce qu'ils sont riches. Puis je pense qu'il y a aussi l'idée, c'est peut-être, tu vas me le dire, peut-être c'est de la psychopop, mais il y a ça comme réaction des fois. On entend parler d'une tragédie à quelque part, puis on ramène ça à soi en disant, c'est vraiment triste, est-ce que ça pourrait m'arriver? Puis là, tu fais une petite équation rapide, non, non, non, c'est une affaire, il faut avoir 400 000 $, moi je ferais jamais ça, je suis safe, tant pis, c'est fini. [00:12:44] Speaker A: Oui, c'est vrai, c'est ça. On tourne la page, tu sais. Oui, c'est ça, c'est ça. C'est ça, puis on aime entendre l'histoire, en fait, pour se dire qu'eux sont pas comme nous. Que nous, ça nous... C'est-à-dire, on aime s'angoisser pour se dire qu'on a des bonnes raisons de ne pas s'angoisser. [00:13:02] Speaker B: Tu sais, ce jeu-là. [00:13:03] Speaker A: C'est ça, on aime ce jeu-là de s'angoisser. Parce que comment expliquer qu'un événement comme ça, C'est-à-dire, bon, c'est tragique, là, cinq vies perdues en haute mer, mais cinq vies perdues dans un accident de voiture aussi, c'est tragique. Comment expliquer... Qu'est-ce qui explique qu'un accident comme celui-là fasse le tour de la planète, puis occupe les médias planétairement pendant trois jours complets, comme si c'était la famille de tout le monde, quelqu'un qu'on connaissait, à qui quelque chose de terrible était arrivé. C'est quoi la fascin... Qu'est-ce qui... [00:13:45] Speaker B: C'est quoi la fascination? [00:13:47] Speaker A: Je pense qu'il y a ce jeu-là. C'est-à-dire, oh mon Dieu, ces gens-là sont partis dans un voyage qui ferait capoter tous les claustrophobes. Oui, oh! Qu'est-ce qu'ils ont pensé? Ils sont en haute mer. Qu'est-ce qu'ils font, ces gens riches-là? À quoi ils dépensent leur argent? C'est de s'en aller voir le Titanic à titre privé? Nous, ça nous arriverait pas, mais on est intéressés de savoir qu'est-ce qui leur est passé par la tête à eux. [00:14:19] Speaker B: Oui, c'est ça. Mais donc, toi, tu soucies pas à l'idée de sa passion pour l'océan? C'est vrai qu'à partir du moment où j'ai l'impression que tout le monde en. [00:14:42] Speaker A: Bloque. [00:14:58] Speaker B: Dicte que quelqu'un est stupide, je suis porté à vouloir trouver la contrepartie de ça. [00:15:04] Speaker A: C'est ça, t'es pas naïf, t'es contraireux. [00:15:08] Speaker B: Oui, c'est ça. Dans les deux cas, c'est pas très glorieux. Non, non, mais moi je le crois. Parce qu'en même temps, il y a ça, dans les médias, on avait l'impression que c'est quelqu'un qui, depuis une couple d'années, avait trouvé un racket pour extorquer de l'argent à du monde riche, puis les Titanic. Mais je veux dire, il a bâti, il a commencé cette compagnie-là, Ocean Gate, en 2009. Ça a été beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup d'essais et erreurs et d'investissements. Et le Titanic est venu tard dans le processus Alors, avec ces faits-là, on voit que le Titanic n'était pas la fin en soi. Il n'est pas parti de sa compagnie pour explorer le Titanic. Mais la façon dont il parlait de l'exploration de l'océan, moi, ça m'apparaissait assez crédible, dans le sens que, tu sais, c'est toujours une ligne fine entre c'est quelqu'un qui fait un truc de marketing pour glorifier l'océan, pour convaincre le monde de l'explorer, C'est tellement «out there» que c'est une vraie passion. [00:16:17] Speaker A: Comment «out there»? [00:16:18] Speaker B: Qu'est-ce que tu veux dire? Il y avait tout son truc où il disait que, comme tu le mentionnais tantôt, que... [00:16:27] Speaker A: Alors, on a un chat qui se frotte sur nos appareils. [00:16:38] Speaker B: On n'a jamais été aussi intéressés par notre podcast. [00:16:40] Speaker A: C'est comme toute l'histoire des poissons, je pense. C'est ça le lien. des espèces... les vraies espèces aliens, les vraies espèces extraterrestres, c'est dans le fond de l'océan qu'on va les trouver. Ou si, quand le soleil va s'éteindre, c'est dans le fond de l'océan qu'on va pouvoir vivre. Il y avait ça? [00:17:12] Speaker B: Oui, mais entre autres, il disait ça, lui, qui n'étaient pas contre l'idée qu'un jour il y aurait des villes dans l'océan et qu'on puisse trouver des façons vraiment d'y vivre. C'était un territoire énorme dont on connaissait très peu, qui était peu exploré. Puis en fait, ce que j'ai trouvé particulier en fait, c'est peut-être un détail, mais c'est la façon dont il parlait du matériel particulier de son innovation avec lequel il a construit son submersible. Tu sais, c'est du fiber carbon, je crois. [00:17:47] Speaker A: Oui, de la fibre de carbone. [00:17:50] Speaker B: Oui. Donc, c'est ça qui a probablement créé l'implosion. C'est un matériel plus léger. plus facile à transporter, moins coûteux, mais donc qui n'était pas évident, qui pourrait résister à la pression inhérente au fait de descendre si creux. Mais il décrivait ça comme quoi ce matériel-là avait des millions de fibres, de petits morceaux de fibres, dont certains moins... plus faibles que d'autres. qui ne pouvaient pas supporter la pression, mais ces petits bouts de fibres-là, moins forts, étaient éliminés pour garder plus les plus vaillants, qui réussissaient à pénétrer les profondeurs de l'océan. Et ce milieu-là fait de... qui n'est pas aérien, qui n'est pas tant sonore, qui n'est pas tant lumineux, mais qui est sonore et qui est... Bref, ils en parlaient avec beaucoup de... [00:18:46] Speaker A: C'était convaincant. Il a convaincu beaucoup de monde aussi. C'est sa passion, c'est comme il était passionné. Il y croyait. [00:18:58] Speaker B: Est-ce qu'il ne croyait pas et c'était juste pour attirer du monde? [00:19:01] Speaker A: Ou est-ce qu'il y croyait? [00:19:03] Speaker B: Mais en même temps, il y allait aussi. Il était là, il est décédé. Je veux dire, il faisait ses propres voyages. C'est pas juste qu'il faut lui donner ça. Si au moins on peut lui donner quelque chose, c'est que c'est pas quelqu'un qui essayait de convaincre des gens d'aller dans le fond de l'océan, dans un submersible pas très fiable, mais sans y être. [00:19:25] Speaker A: T'as par contre des chances qui sont quand même arrivées au fil de l'évolution de son entreprise. qui semble montrer, sans vraiment l'ombre d'un doute, que ce monsieur avait un rapport relativement lousse avec la vérité, en fait. Donc, c'est quelqu'un, si je ne me trompe pas, qui a une formation d'ingénieur et qui voulait dont le rêve était de devenir astronaute. Il a été pilote d'avion. a dû laisser tomber une carrière de pilote d'avion parce que... pour des problèmes de vision, en fait. Et il a dû laisser tomber son rêve d'être astronaute à cause des mêmes problèmes de vision. Et donc, après ça, il est allé étudier en management, style HEC, faire un MBA. Je ne sais pas ce qu'il a fait par la suite, mais éventuellement, il a fondé son entreprise d'exploration des fonds marins. Il y a quelqu'un qui raconte, il y a un père et un fils qui racontent la chose suivante. Il y avait des billets à vendre à 250 dollars US, le billet, pour ce voyage-là. [00:20:59] Speaker B: 250 000. 250 000 dollars. [00:21:00] Speaker A: Pardon. Je suis dans une autre échelle de réalité. Donc, il y a ces billets-là à vendre. Il va lui faire des rabais, il va les vendre à moitié prix à ce monsieur-là, qui est un milliardaire aussi, qui a fait fortune je ne sais trop où, et qui vit à Las Vegas, et à son fils. On va leur faire un rabais pour qu'ils viennent, qu'ils descendent avec lui au mois de juin, le 19 juin 2023. Le père hésite, pas certain tout ça. Peut-être, oui, c'est intéressant, je ne sais pas trop. Monsieur Rush dit, écoute, je m'en viens vous voir, je prends l'avion, on va se rencontrer, je vais vous expliquer, vous allez voir, c'est fascinant, extraordinaire, fantastique, merveilleux. Il prend l'avion, arrive à Las Vegas. Entre-temps, le fils, qui a quelque chose comme ça, 19-20 ans, cherche sur internet, sagesse, sagesse, se rend compte que c'est peut-être pas si safe que ça. Le fils émet des doutes et n'est plus du tout certain qu'il a envie d'y aller. Bon, le père est en train de se dire, bien, c'est peut-être comme une aventure le fun, je vais peut-être la faire. On verra ce qu'il y a à nous dire. Stockton Rush arrive à Las Vegas, à un aéroport X. Le père, qui est très riche, s'étonne, parce qu'il est aussi pilote lui-même, s'étonne qu'il ait atterri à cet aéroport-là, parce que normalement, des avions privés, entre riches, atterrissent à un autre aéroport dans la région de Las Vegas. Les noms m'échappent, mais tu sais, c'est... Il s'étonne à voix haute. Il dit «Mais comment ça, t'as atterri à cet aéroport-là?» et Stockton Rush de lui répondre, oui, mais c'est que... J'ai patenté mon propre avion. Oui, oui. [00:23:03] Speaker B: D'une façon, des fois, incroyable. Le Titan, son submersible, pour le guider, c'est vraiment un joystick de PlayStation. [00:23:13] Speaker A: C'est ça. [00:23:13] Speaker B: C'est des affaires que tu te dis, OK, c'est out there, comment il a coupé des coins ronds puis il se vante d'avoir... Oui. C'est des choses que je ne croyais pas au départ que c'était vraiment un petit joystick en français. Je ne sais pas quoi en dire. Une manette de PlayStation pour vrai. Littéralement, ce n'est pas une métaphore pour décrire. C'est comme ça. En haut, tu vas en haut. En bas, tu vas en bas. Il paraît qu'une fois, dans les premiers tests qu'ils ont fait, La manette était comme inversée, il y avait comme un bris, quand tu allais en haut, ça allait en bas. [00:23:49] Speaker A: Oui, c'est ça, il a fallu tout recommencer, il a «resetté» en pleine exploration. Mais juste pour terminer l'histoire de ce père-là, c'est ça qui l'a convaincu de ne pas y aller, parce qu'il dit «moi je suis un pilote, Je sais ce qui est impliqué dans le fait de piloter un avion, ce qui est impliqué dans la mécanique d'un avion. C'est complexe. Si ce monsieur me dit qu'il est à la fois bon pour construire des avions, piloter des avions et des sous-marins, là, j'ai de la difficulté à avoir, comment il peut consacrer autant d'énergie, de travail et d'investissement aux deux. Là, c'est son avion patenté qui m'a fait un peu hésiter. Et donc, il a été remplacé par un autre couple père et fils. Et bon, le destin, on veut que ce soit le dernier. [00:24:57] Speaker B: Mais moi, tu vois, peut-être c'est... peut-être c'est même pas si pertinent de poser la question, mais moi, tu sais, je me rallie tout à fait à toi dans l'idée que c'est quelqu'un, puis on y reviendra, qui coupait les coins ronds, puis ce qu'il disait publiquement souvent, c'était des tissus de mensonges pour amplifier sa compagnie, puis ce qu'il faisait, puis que... qui suivait toute une idéologie de « break things and make things happen » et de « shaker l'industrie ». [00:25:25] Speaker A: Il n'y a pas d'innovation sans destruction. [00:25:27] Speaker B: Exact. C'est ce qu'il disait toujours. Puis en passant, ça ressemble, ça rappelle un peu Elisabeth Holmes, ça rappelle un peu des gens qui prennent la mentalité, qui adoptent la mentalité des nouvelles technologies, qui fait du sens quand tu développes un logiciel, de dire allons-y à fond, puis ça fera des bugs, on réglera tout ça, puis on va y aller par itération. Allons-y, puis intensément, on va tout réduire, peu de temps, puis brisons des choses, tout ça. Quand tu gères et interagis avec des vies humaines, c'est vrai que ce modèle idéologique-là ne fonctionne plus. [00:26:03] Speaker A: Des vies humaines et aussi le monde physique. [00:26:05] Speaker B: Oui, c'est ça, c'est le monde physique en fait. [00:26:07] Speaker A: C'est ça qui est... [00:26:09] Speaker B: C'est quand même, c'est particulier. [00:26:10] Speaker A: Oui, c'est comme, on peut coder un paquet d'affaires, on peut créer des images, on peut créer... Bon, le chat nous fait des bruits de fond agréables. On peut créer des univers tridimensionnels, on peut essayer de faire entrer des milliards de microbits d'informations dans un micro-téléphone qu'on peut mettre dans une poche. C'est une chose. On ne peut pas se raconter... On ne peut pas raconter une histoire qui nous extirpe des lois de la physique. Le fond d'un océan, c'est très hostile pour des êtres humains et des machines. Une petite machine est soumise à des pressions hallucinantes. Il faut savoir comment y résister. Et ça, c'est pas dans l'imagination que ça se trouve. [00:27:25] Speaker B: Et ce n'est pas dans l'idée de dire, mais allons-y, prenons des risques par itération successive, puis on s'améliore au fur et à mesure. Parce que l'éventualité est toujours plus dramatique. Pour le dire concrètement, tu pars un logiciel ou un nouveau téléphone, Je veux dire, il va très rapidement avec l'idéologie de la destruction, puis finalement, il y a un moment où tout gèle et ça ne fonctionne plus. Il reste que le pire qui arrive, c'est que le téléphone ne fonctionne pas. [00:27:53] Speaker A: Oui, c'est ça. [00:27:54] Speaker B: Tout le monde est frustré, mais après ça, ça se fait. [00:27:56] Speaker A: On le brise, puis on recommence. [00:27:58] Speaker B: Exact. Je veux dire, il n'y a rien de dramatique. Elisabeth Holmes, de faire des tests et de donner des mauvais diagnostics à des gens, si c'est ça le processus itératif, pour tous ceux qui le subissent, ce n'est pas agréable. [00:28:12] Speaker A: Oui. [00:28:13] Speaker B: Dans ce cas-ci, évidemment, si la conclusion, c'est que le submersible explose et que les gens décèdent, il n'y a plus de suite à l'itération. [00:28:23] Speaker A: C'est ça. Puis tu appliques la logique de la start-up, Oui. [00:28:26] Speaker B: Et ce qu'il faisait, hein? [00:28:29] Speaker A: Oui, à un concept de submersible conçu avec des matériaux qui n'ont jamais été utilisés à de telles profondeurs et qui sont sujets à des effets de fatigue. C'est-à-dire que chaque essai consécutif est susceptible de diminuer le potentiel de résistance du matériau que tu utilises. C'est-à-dire que le processus itératif dont tu parles est en lui-même potentiellement destructeur. [00:29:04] Speaker B: Oui, mais c'est là qu'il y avait des drôles de signifiants qu'ils utilisaient pour décrire ça, par exemple. Sérieux, moi c'est peut-être moi, mais toute l'idée d'avoir des petits morceaux de fibre moins vaillants et moins forts, qui était éliminée pour garder seulement les plus forts qui se renforcissent pour pouvoir pénétrer l'océan. Il y avait comme toute une fantasmagorie de spermatozoïdes, je trouvais, moi, dans cette description. pour le dire clairement, où je voulais en venir. Mais ce qui est quand même pas si far-fetched, c'est peut-être mes propres fantaisies que je projette, mais en même temps, c'est une fascination d'aller retrouver les profondeurs d'un milieu où il fait noir, puis c'est l'eau, puis c'est un milieu intra-utérain. Je veux dire, d'où est la fascination pour l'océan? [00:29:48] Speaker A: Tu t'en vas féconder l'océan, c'est ça? Oui. [00:29:50] Speaker B: Avec ton petit submersible que tu as concocté toi-même. Mais donc, je dis tout ça, c'est peut-être pas ça du tout, c'est peut-être mes propres fantaisies, moi j'admets tout ça, mais il demeure que, ça reste une question qui peut être légitime, est-ce que c'est une légite fascination obsessionnel, qui est le propre d'un sujet particulier, qui peut pas s'empêcher d'être maverick puis d'aller explorer l'océan pour ces raisons inconscientes que lui seul connaît ou non. Ou vraiment juste quelqu'un qui en a rien à foutre de l'océan, mais qui veut trouver une façon de faire de l'argent. Moi, je suis pas sûr que c'est ça, t'sais. [00:30:28] Speaker A: Mais c'est pas obligatoirement un ou l'autre. Il peut y avoir comme une tonne de nuances entre ça. [00:30:35] Speaker B: Oui, il peut mentir. pour atteindre un ou l'autre. Ça, ça exclut pas. [00:30:41] Speaker A: Ça peut être aussi, pour certaines personnes, ce qui semble être un puissant motivateur, c'est la notoriété, c'est la validation narcissique. L'argent étant un bénéfice secondaire, ou un passage obligé. Ce que je sens me comprendre, tu me confirmeras, je ne sais pas, mais ce que j'ai cru comprendre dernièrement, c'est que là, Il y a eu la COVID et puis après il y a eu un paquet d'essais ratés, d'essais avortés. Puis des pratiques bizarres sur lesquelles on devrait revenir, il me semble, comme par exemple de faire avorter des descentes dans un protocole. Il a mis en place un protocole. selon lequel on fait avorter des descentes s'il y a des journalistes sur place. Ça fait partie du checklist. Par exemple, des choses étranges, comme ça. Des descentes avortées qui ont été rapportées par lui comme des succès retentissants dans ses communications. On a encore le chat, on a le chien. Je pense que c'est comme l'océan, ça fascine. Ça nous fascine tous, toutes espèces confondues. Donc, il y a eu des descentes avortées parce qu'il y a des bruits qui ont été entendus. Ils ont eu un paquet de problèmes. et probablement qu'à un moment donné, l'investissement ou les investisseurs, la banque ou peu importe, commençaient à sentir qu'ils avaient besoin d'un retour sur leur investissement. En 2023, il y a comme une accumulation de tentatives de descente et un effort vraiment actif comme le vol de ce monsieur pour se rendre jusqu'à Las Vegas pour convaincre le gars. Il s'est rendu à Londres pour convaincre... le monsieur Pakistanais et son fils d'embarquer dans son... Tu sais, il faisait des gros efforts de marketing. Peut-être qu'accidentellement, à travers tout ça, il s'est retrouvé dans l'obligation d'accélérer la vente de billets pour essayer de sauver quelque chose qui était peut-être sa réelle motivation. soit une passion pour les fonds marins ou soit une passion pour lui-même. [00:33:28] Speaker B: Oui, oui, et tu as raison de dire qu'un n'exclut pas l'autre, parce que moi, je pense tout à fait qu'en termes de moi idéal, disons que c'est quelqu'un qui se projetait comme étant un conquérant des fonds marins dans une industrie très conservatrice. qui était très frileux face à toute innovation, que lui, il allait leur montrer qu'il était Jack Sparrow, qu'il était la personne qui allait faire ce qu'il voulait, puis tout briser, puis conquérir, et que ça faisait vraiment partie de l'identification, de cette notoriété-là, tout à fait. Oui, oui, oui, puis qu'autour de ça, On s'en rend compte maintenant. Il y a eu toutes sortes d'exagérations qui ont été dites pour vendre le projet. [00:34:11] Speaker A: C'est ça le... Je pense que c'est là où on... où nos lectures s'interpellent. C'est que l'exagération, est-ce qu'elle est... par nature, est-ce qu'elle est inscrite dans la logique de toute l'entreprise ou est-ce que l'exagération vient du fait qu'il avait besoin de vendre pour nourrir sa passion? [00:34:44] Speaker B: Oui, oui, c'est ça, exact. C'est là que c'est pas simple à trancher. On a fait une pause du podcast et pendant la pause, on a parlé d'éthique et de c'est quoi le meilleur rapport face au pervers et au dommage qu'il peut causer. Très bon hors podcast. [00:35:28] Speaker A: C'est ça, mais ça n'a pas rapport avec le fait qu'on pense que ce monsieur est pervers. Non. [00:35:34] Speaker B: Pas nécessairement. C'était une association libre. Mais je voudrais quand même revenir sur ce que j'ai dit plus tôt pour essayer de ne pas avoir l'air d'un psychanalyste fou, essentiellement. En disant que C'est la façon dont on entend parler d'une histoire, quelle qu'elle soit, mais celle-ci en particulier, la porte d'entrée qu'on a quand on entend parler de quelque chose, va influencer ce qu'on en pense au début. Dans ce cas-ci, c'est toi en fait qui m'en a parlé de cette histoire-là, je n'avais pas entendu parler. [00:36:07] Speaker A: Ça fait le tour du monde. [00:36:11] Speaker B: J'étais pas dans ce monde. Oh là là. Non, j'étais pas là. Et quand j'ai commencé à explorer ça, ce que j'ai entendu, c'est les commentaires des gens, donc c'était après le... c'est une fois qu'on a su qu'il avait eu des morts, que c'était... que le submissive avait explosé. Les premiers commentaires que j'ai lus et que j'ai entendus, c'est vraiment des gens assez grossièrement qui disaient « Ah ben c'est une affaire de riches, pis tant pis, quasiment... » et il voulait tout faire un coup d'argent. Lui, il voulait faire un coup d'argent, les autres ont été assez gullible pour flamber leur argent sur un truc comme ça. Des trucs très négatifs. Ça a été comme ma porte d'entrée à l'affaire. Et la suite a été une entrevue que j'ai trouvée avec lui plusieurs années auparavant, où il décrivait sa passion pour l'océan avec tous les signifiants que je rapportais tantôt, qui est vraiment assez interpellant. Puis dans ce temps-là, dans cette entrevue spécifique-là, qu'il vendait pas tant son projet que bien périphériquement, oui, mais qui vendait l'océan et l'attrait qu'il y avait pour l'océan. [00:37:09] Speaker A: Son rêve. [00:37:10] Speaker B: Oui. Ça m'a fait comme un one-two punch. C'est pas juste pour l'argent qu'il a fait ça. [00:37:15] Speaker A: Puis il a une bonne bouille. [00:37:17] Speaker B: Oui. Puis la journaliste était hyper enthousiaste. C'est fantastique ce que vous faites. Puis c'est vrai que l'océan est si peu développé. Est-ce qu'un jour, vraiment, on pourrait avoir des villes dans l'océan? Incroyable. Puis bon, tu sais, c'était super positif. Puis là, moi donc, je suis resté un peu avec l'idée de dire Mais c'est quoi? La façon dont il en parle, ça interpelle. Puis bon, l'océan amène... La façon dont il décrivait, tu sais, c'est un milieu nocturne où plus on descend, plus à un moment donné, il y a une espèce de calme qu'on ressent. Puis il décrivait la sensation. Et après ça, bon, toutes mes élucubrations autour des fibres qui, à un moment donné, s'éliminent pour garder juste les vraies vaillants fibres qui se renforcent ensemble. [00:38:02] Speaker A: C'est comme une exfoliation. [00:38:03] Speaker B: C'est comme une exfoliation. C'est ça. Mais bref, il y avait ça qui était en la porte d'entrée, mais la suite qui est importante, c'est donc de continuer à explorer et d'entendre parler d'autres versions et d'autres perspectives, dont celle que tu me soulignes, c'est-à-dire quelqu'un qui quand même a pris des risques incroyables avec la vie des autres. [00:38:33] Speaker A: C'est aussi la difficulté, en fait, quand on essaie de conceptualiser quelque chose, c'est d'accepter des nouvelles données. qui sont en contradiction avec l'idée qu'on s'est déjà faite. Tu sais, quand tu dis, on rentre dans l'histoire par une porte, il y en a plusieurs qu'on pourrait prendre sans le savoir à l'avance. On rentre par une porte, on se fait une représentation de ce qui se passe. Puis éventuellement, il y a comme des informations qui nous arrivent qui défoncent complètement cette représentation-là. Le plaisir, c'est un plaisir. Ça peut être angoissant, mais c'est un plaisir, je trouve, de dire « mon Dieu, je pensais ça, mais c'est pas. [00:39:18] Speaker B: Ça du tout ». Oui, d'être surpris ou de voir une toute autre perspective. [00:39:22] Speaker A: Parce que ce qui est arrivé à ce monsieur Stockton Rush, aussi, ce qui est arrivé, c'est qu'il a été directement contredit, violemment, avec insistance et agressivité, une agressivité éthique, disons, par quelqu'un qu'il avait lui-même recruté pour être un ingénieur important au sein de sa société et responsable de la sécurité. [00:39:54] Speaker B: Son antagoniste, c'est devenu son antagoniste. [00:39:56] Speaker A: Exactement, M. David Lockridge. Alors, David Lockridge est un Écossais qui est ingénieur, qui a une très grande expérience dans les submersibles maritimes et qui a été recruté par Rockton Rush, donc pour évaluer la sécurité de ses appareils. Il y a eu un gros conflit. Il y a eu un gros, gros, gros, gros conflit entre les deux. M. Lockridge a pris ses responsabilités très au sérieux. Il a insisté pour exprimer un paquet de défauts qu'il constatait dans la conception de l'appareil submersible d'Ocean Gate qui devait être éventuellement offert à usage touristique. Il les a notés. Il les a exprimés aux propriétaires de l'entreprise. Et là, ce que ça a donné, c'est une réunion au sommet. C'est-à-dire que lui, selon lui, l'appareil, le submersible, n'était pas du tout en mesure d'affronter les éléments, disons, au fond de l'océan. Il constituait un danger pour les personnes qui y embarquaient. Puis entre autres, qu'est-ce qu'il a fait ce M. Lockridge? C'est quelque chose de tout à fait simple. C'est qu'il est rentré dans l'appareil et il a filmé ce fameux tonneau. Alors bon, le submersible... Un submersible, habituellement, c'est comme relativement sphérique. Et le matériau qu'on privilégie depuis des dizaines d'années, c'est le titanium. qui est reconnu pour être extrêmement résistant. On fait des appareils qui sont petits et sphériques. Et donc, pour pouvoir aller explorer relativement profondément dans l'océan. La forme sphérique, ça permet de répartir la pression sur l'ensemble de la surface. Et donc, ça augmente la résistance. Stockton Rush, a utilisé du titanium pour le devant et le derrière d'un appareil qui n'était pas sphérique mais qui était cylindrique. Le milieu de l'appareil, c'est de la fibre de carbone qui est reconnue, de tout ce que j'ai compris, pour être extrêmement résistante. pour des pressions intérieures, de l'intérieur vers l'extérieur, mais qui avaient jamais été utilisées avant pour des fonds océaniques où les pressions extérieures sont extrêmement fortes. C'est-à-dire de l'extérieur vers l'intérieur. Donc, c'est un vide d'air en cylindre dans un cylindre de fibres de carbone laminé. C'est des rubans de fibres de carbone. qui... [00:43:11] Speaker B: Certaines plus vaillantes que d'autres. [00:43:13] Speaker A: Exfoliées ou non. Oui. Les vieilles peaux débarquent, les nouvelles peaux se régénèrent d'elles-mêmes. Oui, c'est ça. [00:43:21] Speaker B: Elles se solidifient entre elles. [00:43:23] Speaker A: Alors, David Lockridge, notamment, il a fait toute une analyse d'ingénierie dévastatrice, en fait, parce qu'il y avait énormément de points de faiblesse dans cet appareil-là qui était inédit. Donc, les deux bouts en titanium étaient collés avec de la colle sur le cylindre en fibre de carbone. Il est rentré à l'intérieur du cylindre et puis il a envoyé sa flashlight ou sa lumière et il a observé de visu, il a observé des trous, des fissures, des imperfections. Chaque imperfection dans cette espèce de... lamination par couches successives de carbone, chaque imperfection est un point de faiblesse potentielle. C'est-à-dire, la pression qui est exercée sur elle est comme un point d'entrée pour affaiblir l'ensemble de la structure. Mais il y en avait plein. C'est comme un gruyère. [00:44:29] Speaker B: Qui ne se remboursait pas avec le temps. [00:44:31] Speaker A: Bien, c'est au contraire. Et ça, ça n'a jamais été analysé en laboratoire ou par des expérimentations, l'effet du temps sur un tonneau comme ça de fibres de carbone de cette dimension-là et à cette profondeur-là. [00:44:48] Speaker B: Parce que lui, il disait, il avait cette idée-là que ça faisait des craquements. Et donc, les premières fois, il y avait beaucoup de craquements, justement parce que les mauvaises fibres s'éliminaient. Mais qu'avec le temps, il n'y avait plus de craquements. Puis il disait littéralement, il disait, les premières fois qu'on est allé, ça craquait de partout. À un moment donné, les craquements se sont arrêtés. Et c'était juste les forts soldats qui restaient. Et c'était d'autant plus solidifié. C'est quand même une façon... [00:45:17] Speaker A: Il partait où, en fait? Il partait où? Parce que le tonneau, il était entouré... Donc, cette espèce de tuyau en fibre de carbone de 500... 5 pouces d'épaisseur, je crois. En fibre de carbone était entouré, lui, de... carapace métallique. Donc, entre le tuyau puis l'océan, il y avait quand même une autre couche. Fait que les fibres qui s'en allaient, s'en allaient où? Se coinçaient entre les... Mais donc, David Lockridge... avant d'être licencié, parce qu'éventuellement, à cause de ces doutes de plus en plus forts et de plus en plus criants, de ces doutes et de ces inquiétudes d'ingénieurs de plus en plus forts et de plus en plus criants, a été licencié, non seulement licencié super rapidement, mais en plus a été poursuivi en justice, boulillé par la compagnie Ocean Gate, dont le président est monsieur le rêveur, Stockton Rush, qui rêve qu'on se souvienne de lui comme d'un innovateur. C'est un autre qui rêve d'être Steve Jobs. Steve Jobs ou Elon Musk. En fait, ils semblent s'être décrits comme le SpaceX des océans. [00:46:46] Speaker B: Tout à fait. Oui, ces gens-là ont eu énormément d'influence dans toutes sortes de domaines et parfois... [00:46:53] Speaker A: Pour le meilleur et pour le pire, mettons. Avant d'être licencié, David Lockridge est descendu dans ce sous-marin avec Stockton Rush et d'autres personnes. Et il est arrivé, je pense que c'était au Bahamas, ou en tout cas, peu importe, et ils allaient explorer quelque chose. Il est arrivé que, proche du lieu d'exploration, L'appareil s'est trouvé emmêlé, prisonnier entre autres des courants, parce que c'est pas vrai que c'est super calme dans les fonds marins, il y a des courants apparemment hallucinants, c'est comme il y a toute une... C'est tout un monde inexploré. C'est pas vrai que tu descends et d'un coup, tu rencontres le calme absolu. Ce que tu disais tantôt, c'est de ce que je comprends. Je suis jamais allée personnellement, mais tout ce que j'ai entendu, tu peux te trouver... [00:47:49] Speaker B: Mais ça peut être vrai que selon sa perspective, et c'est ce qui va aux gens, que ça peut être une expérience transcendante une fois rendue à un certain nombre de... [00:47:55] Speaker A: C'est ça. C'est un bon argument de vente. Il s'est retrouvé coincé au fond de l'océan avec sa petite manette Game Boy de PlayStation. Il avance, il recule, il avance, il recule. Pendant une heure, il a essayé de se décoincer d'une fâcheuse posture. C'est décrit par d'autres passagers comme l'expression qui est relayée, c'est «one hour meltdown». Une attaque de panique d'une heure par le capitaine du bateau. C'est quelque chose. Jusqu'à un moment donné, un passager, le mot qui a été employé c'est «shrieked». Il shrieked. Laisse lui donc la manette. à David Lockridge, qui est un ingénieur et un plongeur, un pilote expérimenté. Et donc Stockton Rush a garroché la manette à la tête de l'ingénieur, qui les a sortis de là en 15 minutes. Je trouve que c'est important, je veux juste raconter cette histoire-là, parce que là, il y a comme ce duel-là entre l'ingénieur David Lockridge, qui s'est déplacé, qui a tout vendu en Écosse pour aller rejoindre cette espèce d'aventure à hallucinant le fun, à laquelle il était convié, puis ça a très, très, très mal fini pour lui. Il y a eu un conflit qui semble, originée de l'ego de M. Stockton Rush. Je sais pas, je te raconte. [00:49:46] Speaker B: — Oui, oui, non, je te suis tout à fait parce que c'est vrai que... L'Ockridge incarne, je ne veux pas le caricaturer, mais la figure, à un moment donné, d'une personne qui met de côté ses ambitions personnelles et qui garde une certaine éthique. C'est-à-dire, regardez, ce n'est pas un submersible. [00:50:07] Speaker A: Qui est... Qui est sécuritaire. [00:50:08] Speaker B: Qui est sécuritaire et donc indépendant. [00:50:10] Speaker A: Pour telle et telle et telle et telle et telle raison. Et en plus, le capitaine... Ce n'est pas nécessairement ce qu'il fait quand on est dans une situation d'urgence. [00:50:23] Speaker B: Et qu'il y en a qui a payé le prix, parce qu'il l'a dénoncé, il s'est fait mettre dehors, il y a eu une campagne de dénigration contre lui. [00:50:30] Speaker A: Totalement. [00:50:30] Speaker B: Il se retrouvait à un moment donné à dire là, bon, do I... On utilise souvent cette expression-là, is it the ill I want to die on? Moi, c'est quand même, j'ai dit ce que j'avais à dire, je vais-tu me battre? contre cette personne-là qui a plus de moyens, plus d'argent, plus de notoriété. [00:50:45] Speaker A: Et qui me boulie aussi. [00:50:46] Speaker B: Oui, puis que des gens trouvent extraordinaire, parce que c'est gens comme moi, parce qu'ils l'écoutent, puis qu'ils disent « Ah, wow, quel grand rêveur, quel grand explorateur ». Tu sais, je vais être moi l'empêcheur de tourner en rond, qui va perdre ma carrière, tout le temps, j'ai dit ce que j'avais à dire, puis qui s'arrangera avec l'autre. À un moment donné, il a pris cette... C'est très légitime aussi, je vais m'occuper de moi et de ma famille. Ça fait que c'est une position très, très difficile. Puis c'est dur, c'est... si on garde, comme on disait tantôt, l'idée que notre perspective par rapport à cette histoire-là peut bouger et peut être nuancée et... Il peut évoluer avec le temps, il peut être à différents niveaux, parce que comme tu me le souviens tantôt, je pense que c'était hors podcast ou dans le podcast, mais ce que je pense qui est sa légitime passion pour l'océan, et peut-être vrai, mais n'empêche pas les autres couches de réflexion. Il peut être quelqu'un qui a abusé du monde puis qui a boulillé du monde tout en ayant une vraie passion, un n'empêche pas l'autre. Et donc, en tout cas, je veux pas être trop méta-analytique, mais c'est intéressant d'analyser une histoire comme ça, d'être nuancé, jusqu'à temps, par contre, que la nuance devienne une nuance telle que tu prends pas... que la personne, une personne, prend pas une position claire contre quelque chose qui est, disons, clairement du bullying ou... Oui. [00:52:11] Speaker A: Où est-ce qu'il y a une limite? [00:52:12] Speaker B: Oui. Il y a comme la suranalyse qui paralyse tout et qui va toujours dans le sens du pouvoir. [00:52:20] Speaker A: Il y a quelque chose, je trouve, qui est rassurant dans la façon dont David Lockridge a agi sur ce plan-là, qui est rassurant dans le sens où ça rétablit l'idée qu'il existe des gens qui sont éthiques. C'est-à-dire que, bon... Stockton Rush a organisé une rencontre le jour même où David Lockridge a émis, a rédigé son rapport d'évaluation pour dire, cet appareil, ça c'était en 2018, cet appareil n'est pas sécuritaire. La réunion est organisée le jour même et cette réunion-là, c'est une espèce de... C'est comme ça peut être des réunions, c'est-à-dire, Tout le monde veut être apprécié du patron, fait que tout le monde délire dans le même sens, fait que là t'as une personne qui est un beau émissaire, on essaie de lui rentrer dans la tête des choses qui sont fausses, et lui maintient... selon tout ce qu'il a appris et tout ce qu'il connaît et toute son expérience, la réalité, c'est ça. Il y a des faiblesses au niveau de la structure du tube. Il y a des faiblesses au niveau de la structure en fibre de verre du hublot avant. Il y a des faiblesses au niveau de la colle qui tient les deux bouts en titane. Il y a des faiblesses ici, il y a des faiblesses là, et c'est comme ça. Et donc, on lui dit, on te met à la porte, et après ça, on le poursuit. On essaie de le faire taire. Il ne se laisse pas faire taire, il contre-poursuit. Parce que pour lui, c'est important que ce soit enregistré dans l'histoire, ça. Que selon son observation, il y a tel et tel et tel problème. Puis éventuellement, avec sa contre-poursuite, il a une entente hors cours, il prend les sous et il accepte de se taire pendant un bout de temps. Sauf qu'il s'est tu après avoir laissé une trace de ce qu'il en était. C'est comme, il a pas lâché, même s'il a l'air d'avoir lâché, dans le fond. C'est-à-dire, pourquoi on aurait été en cours, puis quoi, il aurait... C'est ton point de vue, c'est mon point de vue, en tout cas, peu importe. J'ai quand même laissé une trace de ce qu'il en était. C'était important pour moi. [00:55:02] Speaker B: C'est très... C'est quand même... C'est dure comme position, quand même, hein, parce que ça se fait plusieurs fois qu'on en parle, mais là, il a mort d'homme. les dons d'un propriétaire. Bon, il n'y a pas d'ambiguïté là-dessus, ils sont décédés, puis c'est une tragédie pour la famille des gens, mais on peut s'imaginer... Tu sais, Stockton Roche, dans une entrevue, il avait dit en 2021... Les gens se souviennent de toi pour les règlements que tu brises. [00:55:25] Speaker A: Oui, bon, oui. [00:55:27] Speaker B: Puis j'ai brisé certains règlements, puis certaines rules, puis c'est ce qui a fait que j'ai pu accomplir ce que j'ai accompli. Donc tout ce raisonnement-là a fonctionné pendant un temps. Puis on peut s'imaginer aussi qu'il y a eu plein de moments, moi je peux tout à fait l'imaginer, sans tomber dans un... idéalisation du type, qui a brisé certains règlements, certains protocoles, certains trucs fastidieux et bureaucratiques avec raison pour pouvoir accomplir ce qu'il voulait accomplir puis que ça se tenait. Donc là, je dis ça parce que c'est vrai qu'il y a quand même peut-être un moment où, comment il s'appelle David Lockridge? [00:56:04] Speaker A: – Lockridge. [00:56:04] Speaker B: – Il se disait peut-être que j'ai tort, puis peut-être que ça va tenir, puis peut-être qu'il va réussir à faire les améliorations au fur et à mesure, puis que je vais avoir l'air de celui qui a juste essayé de briser le programme. [00:56:16] Speaker A: Oui, puis t'imagines, t'es tout seul dans une réunion, où là, tout le monde tient le même discours, qui est complètement contraire à ce que toi t'as l'impression qui est la vérité. [00:56:29] Speaker B: Puis la vérité est parfois nuancée, parce que là, comme ça a foiré, on est porté, tout le monde a le beau jeu de dire, ben ça tenait pas la route son truc de fibres de carbone, c'était n'importe quoi. Là, c'est facile de le dire. Mais est-ce que ça veut dire que personne ne va jamais réussir à faire des améliorations à ce qu'il voulait faire et à le réaliser éventuellement? Tu sais, dans le cas d'Elizabeth Holmes, moi, ça m'a beaucoup marqué ça. Quand on s'est rendu compte que c'était une fraude gigantesque, tout le monde a décrié que c'était la machine. Ça faisait aucun sens. Il n'y avait pas personne qui était sain d'esprit qui pouvait penser que tu pourrais prendre une petite goutte de sang et faire 80 diagnostics. C'est long et ridicule. Jusqu'à temps que le temps passe et que d'autres personnes finissent par dire qu'on continue à travailler sur son expérimentation. C'est une question d'années et de budget, mais peut-être qu'on va réussir éventuellement. [00:57:21] Speaker A: Ce n'est pas son expérimentation, excuse-moi, c'est son idée. [00:57:25] Speaker B: Ben ouais. [00:57:26] Speaker A: Non? [00:57:27] Speaker B: Oui. [00:57:28] Speaker A: Je sais pas. [00:57:29] Speaker B: Elizabeth Holmes. [00:57:30] Speaker A: Oui. [00:57:30] Speaker B: Elle a quand même essayé. [00:57:32] Speaker A: Elle a essayé? [00:57:32] Speaker B: Ben ouais, c'est une version assez aléatoire. Mais on revient à ce qu'on disait tantôt, ce qui a fait que ça n'avait pas de sens d'essayer ce qu'elle essayait, c'est qu'il y avait des vies humaines en jeu. Si ça avait été un logiciel à améliorer, ça aurait pu se faire. Mais ce que je veux juste en dire là-dessus, c'est que des fois, Là, il est arrivé ce qui est arrivé. Il ne sera jamais vu comme un grand innovateur, explorateur des fonds marins. Est-ce que, par contre, c'est possible de penser que malgré toutes ces exagérations, sa perversion, son bullying, tout ça, il était peut-être à quelques dizaines de millions et quelques années de réussir ce qu'il voulait, que quelqu'un d'autre va réussir dans quelques années en étant plus prudent? [00:58:20] Speaker A: C'est ça, c'est qu'il est devenu un peu sloppy éventuellement, non? [00:58:23] Speaker B: C'est pas ça. [00:58:24] Speaker A: C'est que, en fait, ce que David Lockridge remarquait, entre autres, c'est que là, son appareil, il était beau, comme la fibre de carbone, peut-être que ça aurait pu résister, mais il fallait qu'elle soit parfaitement scellée. Puis c'est difficile à faire parce que c'est des fibres, c'est de la lamination. Et lui, ce qu'il a observé, c'est la délamination des fibres de carbone. C'est la déstructuration de la colle. qui maintenait le titane collé sur la fibre de carbone. Il avait son inquiétude par rapport à la résistance du plexiglas du hublot. À un moment donné, il est devenu greedy. Ce qui est arrivé aussi en 2023, en passant, c'est que son appareil, donc le Titan, était transporté, normalement, sur un bateau X, qui avait un nom, je ne me souviens pas, une sorte de brise-glace, était transporté, puis déposé sur place, et là, on descendait. les coûts de location de ce bateau-là ont augmenté en flèche avec l'inflation. Et là, il s'est dit, bon, on prendra pas ce bateau-là parce que ça coûte vraiment trop cher. Ce qu'on va faire, c'est qu'on va prendre un bateau plus petit et qu'on va remorquer notre submersible. Donc, le submersible est arrivé sur le site. Après quatre jours de transport depuis la rive, comme quelqu'un dit, sur le même territoire, dans les mêmes conditions que celles qui ont amené au coulage de Titanic. C'est dans la même région. Les conditions de survase sont les mêmes. Et donc, son submersible a été traîné derrière un bateau dans l'océan. Est-ce que M. Stockton Rush ne s'est pas retrouvé à un moment donné avec un sentiment d'urgence pour faire fonctionner son entreprise, à couper dans les coûts et à essayer d'augmenter les revenus, d'avoir des gens aussi... C'est pas n'importe qui, pas Henri Nargelet, qui était... qui est décédé, qui est une sommité du Titanic, qui a fait des voyages en submersible. Un gars qui s'appelle Amish Harding, qui est un milliardaire, mais qui a fait énormément d'argent, lui, dans les ventes d'avions, les transactions dans l'aviation, dont on peut se dire, ah bien oui, c'est une bonne plug à avoir. pour vendre des voyages. Tu sais, tu comprends? Est-ce qu'il s'est pas retrouvé dans une situation où là, il était désespéré de faire fonctionner son affaire et donc les coins ronds ont été tournés de plus en plus, de plus en plus en plus ronds. [01:01:33] Speaker B: Mais donc, est-ce que ça se pouvait qu'il était d'accord avec David Langelus dans un sens, avec David Lockridge, et qu'il se dise, bien pas qu'il soit d'accord, mais... qui ne soient pas si en désaccord, mais qui se disent j'ai juste besoin de faire quelques voyages et de récolter quelques millions pour pouvoir passer à l'autre étape et faire le Submersible Titan version numéro 4. Mais pour y arriver, il faut apprendre, il faut y aller. [01:01:58] Speaker A: Ben oui, peut-être, mais si t'es à sa place, t'sais, admettons que t'es à sa place, pis que tu te dises, OK, bon, j'ai juste besoin de tant... Admettons que c'est ça. J'ai juste besoin de tant de millions pour arriver à faire le submersible de machin, de machin. Fait qu'il faut que je fasse, donc, je prends l'avion à Las Vegas pour convaincre un thèche, je vais à telle place, voilà, j'achète le bateau, je loue tel bateau plutôt que tel autre, je m'en fous, des forces de surface auxquelles mon submersible est confronté pendant quatre jours en file avant que j'arrive par-dessus le Titanic le jour de ma plongée. C'est sérieux, là. C'est quoi ton motivateur? Admettons que t'es lui, c'est quoi qui est assez fort pour te motiver à faire tout ça? [01:02:52] Speaker B: C'est quoi? [01:02:54] Speaker A: Je ne sais pas. [01:02:56] Speaker B: Je pensais que tu avais la réponse. Mais t'imagines l'adrénaline aussi, c'est juste une autre façon de le voir, mais ça ne répond pas à ce que tu demandes. C'est quelqu'un qui prend des risques, des risques, on va dire farfelus, c'est un joystick, voyons, ça n'a pas de sens. Mais tu en prends un, puis il y a un autre, puis il y a un autre, c'est comme un gambler, puis tu gagnes tout le temps. Là où tout le monde te dit, voyons, tu parles d'un lunatique, tu dois avoir un coucou. Mais ah oui, on ne peut pas, on ne peut pas. Ma compagnie a grossi de plus en plus. Puis on est au troisième voyage, puis à la troisième version de mon submersible. Puis à chaque fois, il y a des casse-nouilles qui viennent me dire que ça ne marchera pas, puis qu'il ne faut pas, puis qu'on ne peut pas, puis qu'il manque de règlements. Puis moi, je garde le cap. Puis à chaque fois, je poursuis. À un moment donné, il y a une fois de trop. C'est vrai que tu peux, un peu comme quelqu'un qui est hooked au gambling, puis qui gagne tout le temps, peut-être qu'à un moment donné, il s'est trouvé pris, il a pu pouvoir s'arrêter. [01:03:58] Speaker A: Puis ce qu'il gagne, c'est quoi? C'est que j'ai réussi, c'est regarder, c'est que je suis en train de devenir aussi gros que SpaceX. C'est quoi sa victoire? C'est sa victoire sur les éléments, c'est qu'on a tous failli mourir, mais on n'est pas morts. Parce que c'est arrivé. C'est arrivé que des gens soient coincés pendant, je ne sais pas, 20 heures de temps avec sa petite machine. Il envoie des communiqués de presse pour parler des grands succès de ces derniers essais alors que les gens qui sont sur place savent pertinemment que ça a été zéro succès. [01:04:44] Speaker B: Je ne peux pas mettre de l'avant là-dessus, mais c'est vrai, oui, c'est tous les mensonges qu'il a fait. Ou tous les coins ronds que tu disais, ce n'est pas juste au niveau de sa machine. À un moment donné, il s'est rendu compte que s'il arrive un accident avec des passagers, c'est très grave. Il a arrêté de nommer les passagers des passagers. Ça s'appelle des Citizen Mission Specialists. Fait qu'il n'y a plus de passagers. [01:05:03] Speaker A: C'est simple. C'est simple. On joue avec la langue. On joue avec les règlements. C'est simple. [01:05:07] Speaker B: Mais c'est quelqu'un qui joue avec les mots toujours. Ce qui se passe, c'est des mots MOTS. Donc les gens deviennent des Citizen Mission Specialists. Ce n'est plus des passagers. Ils ne paient pas. Il n'y a pas un prix. Ils font une contribution. À un moment donné, il faut qu'ils signent un papier comme quoi c'est dangereux. Ils assument les risques. Oui, il y a toutes sortes de choses comme ça. [01:05:27] Speaker A: Puis il y a l'histoire d'éviter d'avoir besoin de te faire certifier auprès d'autorités compétentes en t'assurant que tu restes dans des eaux internationales quand tu exerces tes activités exploratoires. [01:05:41] Speaker B: C'est ça. [01:05:42] Speaker A: C'est ça. Donc tu es soumis à aucune juridiction réellement. C'est ça. [01:05:46] Speaker B: Mais donc, est-ce qu'ultimement, il voulait être vu comme le conquérant des océans? Dans l'entrevue que moi j'ai vue, comme je te disais, c'est avec ça que j'ai rentré dans cette histoire, il disait qu'éventuellement, tu sais, son rêve, c'était qu'il y aurait des caméras partout, dans ses bateaux, puis qu'il pourrait montrer en direct à des milliers d'étudiants ce qui se passe dans l'océan, qu'il pourrait apprendre, puis une grande démocratisation de l'océan, puis... Est-ce que c'est ça le but ultime, c'était d'être le grand... Il y a marié une femme qui. [01:06:18] Speaker A: Était... Survivante des victimes du Titanic. Puis c'est aussi un descendant direct de deux signataires de la Déclaration d'indépendance américaine, savais-tu ça? C'est un descendant direct et il a été nommé en leur honneur. Donc, M. Richard Stockton et M. Benjamin Rush, c'était ses ancêtres à lui et ils portent leur nom dans son prénom et dans son nom de famille. En tout cas, c'est quelqu'un. [01:06:51] Speaker B: Quand même. À un niveau beaucoup plus pragmatique et... et pragmatique, trouves-tu... c'est peut-être... en fait, je suis curieux. Tu vois, on dit souvent que quand ils vont explorer le Titanic, c'est à 13 000 pieds. ils descendent 13 000 pieds ou 4 000 mètres. On entend ça tout le temps. Ah, ça prend un temps, puis 13 000 pieds, puis ça. Puis moi, j'avais l'impression, je sais pas pourquoi, peut-être c'est juste moi, mais que ça participait à un espèce d'attrait de l'affaire, parce que quand même, c'est profond, 13 000 pieds. Puis peut-être tu dis ça pour que ça justifie que tu payes 250 000 piastres, mais si on regarde ça autrement, c'est 2 000 et demi, c'est 4 kilomètres. [01:07:37] Speaker A: Ben carrément. [01:07:38] Speaker B: Non mais 4000 de profondeur c'est beaucoup. Oui mais des fois j'ai l'impression qu'il me présente un peu comme si c'était or. façon de se le représenter, je ne me représente pas moi de 13 000 pieds, je ne sais pas, j'ai la misère de me le représenter, 2 000 et demi, je me le représente. Ça prend 90 minutes de descente. OK, ça, c'est un début puis une fin, c'est une heure et demie. Mais c'est tout, je voulais dire. [01:08:03] Speaker A: Ça. [01:08:03] Speaker B: C'est 2 000 et demi. [01:08:06] Speaker A: Mais c'est parce que c'est difficile, de ce que j'ai compris, même pour des sous-marins, de descendre à des... C'est pas possible même pour des sous-marins de descendre à des profondeurs aussi profondes. [01:08:15] Speaker B: Ah oui, tout à fait. [01:08:16] Speaker A: C'est comme les... c'est pas tant la distance que l'énormité de la pression que tu subis de tous les côtés à chaque mètre supplémentaire que tu passes. D'ailleurs, une des théories, c'est... Une des théories de ce qui s'est passé jusqu'à maintenant, de ce que je comprends, c'est qu'il est arrivé un moment Après 45 minutes à peu près de descente, donc 3000 m, c'est ça? [01:08:47] Speaker B: Oui, peut-être. [01:08:51] Speaker A: Ils étaient encore loin du Titanic, où là, ils ont pris la décision de remonter. Puis pour remonter, donc, c'est un truc, il y a des espèces de tuyaux en plomb accrochés. [01:09:06] Speaker B: C'est un délestage qu'il faut faire, hein? [01:09:08] Speaker A: Oui, des tuyaux en plomb accrochés aux pattes, puis qu'on déleste, puis ça allège la machine, puis elle remonte tranquillement. Ils ont fait une tentative de délestage, mais que quelque chose s'est passé qui a fait en sorte de provoquer une accélération, une descente accélérée. Il s'est passé quelque chose. [01:09:32] Speaker B: Oui, et des fois, on dit que son submersible n'était pas sécuritaire, mais c'est qu'à chaque 500 mètres, il y a de plus en plus de pression, donc pas mal que c'était très sécuritaire pour aller à 1000 mètres, disons. Il n'y a pas d'enjeu. Mais là, il y allait très, très profondément avec quelque chose qui n'était vraisemblablement pas assez solide. [01:09:52] Speaker A: S'il y allait très, très vite aussi, c'est comme... C'est ça. [01:09:57] Speaker B: Puis il y avait un Acoustic Monitoring System pour pouvoir l'avertir s'il y avait des craquements. Mais bon... [01:10:07] Speaker A: Mais c'est ce qu'il dit, David Lockridge, il dit que ça ne marche pas du tout. Puis il y a ça à cette fameuse réunion-là, après laquelle il a été mis à pied. Pendant la réunion, en fait, on lui a dit, mais en fait, on va mettre, on va installer un système acoustique de monitorage. Puis il dit, mais je ne comprends pas, en fait. qu'est-ce que ça va apporter de plus que ce qu'on va être capable d'entendre, de craquement. Puis une fois que ça commence à craquer, c'est comme on n'est déjà plus en sécurité. [01:10:33] Speaker B: Oui, puis il nous reste très peu de temps. [01:10:35] Speaker A: C'est ça. C'est ça. Qu'est-ce que... Je veux dire, pourquoi ne pas prévenir en amont tous ces problèmes-là? Hein? Mais... Et puis, en fait, excuse-moi. Non, vas-y. pour avoir osé être en contradiction avec le discours comme la culture organisationnelle, il a été mis dehors, renvoyé comme un venu-pied. [01:11:03] Speaker B: Oui, oui. Mais c'est là quand même, ça vaudrait la peine d'en parler. ou d'en parler là, tu sais, la figure du conquérant, de l'entrepreneur qui prend des risques, qui met son argent, qui brise des choses pour innover, qui veut conquérir la technologie, l'océan, tu sais, c'est souvent assez idéalisé. On l'a vu avec Elisabeth Holmes, là, une fois que la personne est déchue, tout le monde dit on le savait, mais pendant l'ascension, il y a une ascension parfois très rapide, très massive, très unanime, Là, c'est les revues se multiplient, pas les revues, mais les premières pages de magazine. et comme on l'a vu avec Elisabeth Horne, mais jusqu'à un certain point avec lui, le due diligence, on l'a vu avec Sam Beckman-Fried aussi, le due diligence se résume à, ben si tout le monde le dit, il y a quelqu'un qui a dû faire une étude poussée, là, puis rendu là, on ne veut pas manquer le bateau. On ne veut pas manquer, on peut mettre dans la photo. Donc, mon propos, c'est de dire, cette figure-là, Elle est facilement idéalisée et un modèle pour plein de gens. On ne dit pas grand-chose de la figure du whistleblower. [01:12:17] Speaker A: Non. Non, c'est ça. [01:12:19] Speaker B: Un whistleblower, c'est souvent assez anonyme. Il y a peu de gens... Ça n'existe pas, quelqu'un qui dit « Mon but dans la vie, c'est d'être un whistleblower. [01:12:32] Speaker A: » Non. Non, c'est ça. le top 100, les 100 plus grands lanceurs d'alerte de 2023. Ça n'existe pas, non. [01:12:43] Speaker B: Ils ont un rôle très ingrat. [01:12:45] Speaker A: Totalement. C'est qu'en fait aussi, c'est Alexandre Solzhenitsyn qui évoque cette affaire-là entre deux mémoires. Je veux dire, ils mentent tout le temps. La seule façon de maintenir le mensonge, c'est la violence. C'est-à-dire qu'ils savent qu'on les croit pas, ils mentent quand même. Nous, on sait qu'ils savent qu'on les croit pas, puis ils nous mentent quand même, mais en fait, la seule... façon de maintenir le mensonge à l'extrême limite, c'est la violence. Tu crois ou meurs. Si moi je te raconte qu'on va juste installer un système de monitorage sonore, parce que moi j'ai des... J'ai des idées de grandeur et je veux qu'on se rappelle de moi dans l'histoire. Je sais pas moi, je le connais pas, Monsieur Rush, mais tu sais, mon nom me destine à de grandes choses. T'es qui toi, petit ingénieur écossais, pour venir me mettre des bâtons dans les roues? Fait que si tu viens me mettre des bâtons dans les roues, tu vas être confronté à toute la force de mon courroux narcissique. [01:14:04] Speaker B: Tu sais? [01:14:06] Speaker A: Si c'est le cas, je veux dire, c'est peut-être juste un rêveur, mais il n'y a pas de raison, si c'est juste un rêveur, de boulier un ingénieur qui est en train de lui dire «Hey, peux-tu faire attention? Ton appareil est dangereux. Il y a des choses à ajuster sur l'appareil. Pourquoi c'est tellement menaçant de se faire dire ça dans un rapport par un ingénieur que tu vas mettre toute ton énergie à essayer de le détruire, l'expulser de tes rangs, resserrer les rangs autour de toi. Enfin, c'est comme ça que je l'ai compris, moi, ce conflit-là entre David Lockridge et Stockton Rush. [01:14:50] Speaker B: Dans le déroulement d'une histoire, dans le déroulement d'un rapport entre un wannabe conquérant et son lanceur d'alerte, disons, il y a des moments charnières où tu peux dire, comme là, le submersible coule, implose, les gens meurent, c'est la fin, puis le lanceur d'alerte, tout le monde le reprendre. Ah oui, c'est vrai, pauvre lui, c'était pas facile, il savait, tout ça. À un moment donné, il peut avoir un moment où c'est un point de capiton, puis ça va passer ou non. Puis là, si l'affaire se construit, l'invention est lancée, c'est encensé assez. Là, il n'y a plus de retour en arrière. Là, c'est comme on se répète. La personne qui a pris plein de risques, qui a bullyé, qui a fait des trucs pas legit, se met à faire de la charité, se met à être avec les... à s'acoquiner avec les grands. [01:15:41] Speaker A: Ah, c'est un fil en drogue. [01:15:42] Speaker B: C'est un fil en drogue. Puis là, le lonely lanceur d'alerte de « oh my God, que c'est un casse-nouille qui voulait juste être obsessionnaliste des détails ». [01:15:51] Speaker A: Puis il a perdu sa maison, il a perdu le respect de ses pères, il a tout perdu, puis c'est tout. [01:15:57] Speaker B: Mais des fois, le moment qui vient sceller la décision est assez évanescente, pareil, puis c'est pas sûr de ce qui va arriver, puis c'est juste dans l'après-coup qu'on peut le dire quand est-ce que c'est arrivé. Tu sais, moi je pense que... C'est pas exclu dans son cas, qu'il s'y avait réussi à remonter, à faire d'autres coûts d'argent. Je pense que dans ses plans, c'était d'ajouter une autre couche de sécurité éventuellement. [01:16:27] Speaker A: Oui. [01:16:28] Speaker B: Puis d'upgrader l'affaire. Puis peut-être qu'à un moment donné, on serait dit avec cette nouvelle couche de sécurité-là, son invention fait des petits, puis d'autres limites. C'est pas exclu complètement non plus.

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